LAODICE, ACTE V, SCÈNE I
Il l'appreadra sans doule, avec beaucoup de joie ; Mais il est temps qu"ici la vôtre se déploie, Et que la morld'uu lâche, iudigne de vos pleurs, Cesse d'être comptée au nombre des malheurs.
LAODICE
Que dites-vous, seigneur ?
AQUII.IL'S.
Que toujours équitable Le ciel à l'altenlat n'a livré qu'un coupable. Qui dérobant le nom du prince votre fils, A sa fourbe déjà croyait le trône acquis. Rome vous l'envoyait pour en punir l'audace.
LAODICE
Cen'était pasmonfils ! Ah, seigneur! Maisdegrcàce, Le sort d'Ariarate en sera-t-il plus doux"? Puis-je croire qu'il vive, et me l'amenez-vous?
AQUILIl'S.
Il est vivant, madame, et le bruit de sa perte Fut une illusion heureusement oll'erte, Dont Rome intéressée à vous garder ce fils. Pour ne l'exposer pas, se crut l'abus permis. Elle en prit toujours soin, et prête à vous le rendre Tel que d'elle aujourd'hui vous le pouvez attendre, Elle a voulu d'abord prévenir en ces lieux Ce qu'elle soupçonnait de quelques factieux. Vous en voyez l'effet, et leur rage peut-être Sur un fourbe avortée aura peine à renaître. Quand le prince averti qu'on en veut à ses jours, Dans sa précaution trouvera du secours.
LAODICE
Quoi donc, il se pourra qu'enfin je le revoie! Phradate, allez au peuple annoncer celte joie.
{Pliradute sort.)
En le tirant d'erreur calmez son désespoir ; Mais, seigneur, hàtez-vous de me le faire voir; L'entreprise manquée, il u'aplus rien à craindre.
AQUILICS.
Un juste empressement a peine à se contraindre,
Vous le verrez bientôt paraître avec éclat;
Cependant apprenez l'équité du sénat.
S'il fait régner ce fils que le ciel vous redonne,
Il ne peut consentir à vous voir sans couronne, I Et que ce changement vous réduise aujourd'hui I A ne donner des lois que sous l'aveu d'autrui. j Vivez sans dépendance, et toujours souveraine,
Les Lycaoniens vous recevront pour reine ;
Comme ils sont sa conquête, il en peut disposer.
LAODICE
Je sais qu'en vain mon fils s'y voudrait opposer; Si la Lycaonie est jointe à cet empire, C'est le prix d'un malheur dont encor je soupire. Le bonheur des Romains me coûta mon époux, Mais soufTrez que ce fils en résolve pour nous. Attachée à son sort, et moins reine que mère, Je cherche sa grandeur, elle seule m'est chère; Qu'il me souffre avec lui, qu'il veuille m'éloigner. Mes vœux sont satisfaits si je le vois régner. I Ce triomphe est le seul où ma tendresse aspire. Jusque-là dans ces lieux prenez un plein empire.
, Venez pourvoir à tout, et, selon vos souhaits, Ordonuer de la ville ainsi que du palais.