‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 88 sur 1518 · LR FEINT ASTROLOGUE, ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

LR FEINT ASTROLOGUE, ACTE III, SCÈNE I

D. LOUIS

Sachez que don Frrnand vient de s'ouvrir à moi.

D. LOPE

lié bi.'ii?

D. LOUIS

Et qui! a lait ensuite en raa présence Des choses que j'avoue être hors de croyance; J'ai prine à m'eu remettre.

D. I.OPE

Achevez. Qa"a-t-il fait?

D. LOUIS

Je ne connus jamais un esprit si parfait.

Dans un degré si haut il sait l'astrologie,

Que je l'accuserais volontiers de magie.

11 a su de ma vie, et presque en un moment,

Ce qu'on n'en peut savoir que par enchantement ;

Kt cela de ma main tirant des conjectures.

Et puis sur du papier traçant quelques figures.

Qui croirait à le voir si galant...

N'est-ce pas Cet esprit enjoué, don Fernand Centellas; Dont on prise à l'envi les grâces nonpareilles?

D. LOUIS

Oui, c'estluidontjeparle,etquifaitcesmerveilIe3 : Certes, il faut (|u'il ait un secret inconnu.

D. LOPE

Je crois deux ou trois fois l'avoir entretenu ; Mais jeremarquaishien, non qu'il eût connaissance De cette merveilleuse et divine science. Mais du moins qu'il était homme de grand esprit.

D. LOUIS

Vous serez donc encor beaucoup plus interdit Si vousm'accompagncz un jour chez ce rare homme. Qui me doit faire voir une dame de Rome, Qui pendant que j'y fus me voulut quelque bien.

D. LOPE

Se peut-il qu'en efTet...

D. LOUIS

Ce n'est encor là rien; Car pour vous dire au vrai toute mon aventure, Il a fait devant moi parler une peinture : C'est ce qui me confond au point que vous voyez.

D. LOPE

Vous croirai-je ? Est-il vrai ?

D. LOUIS

Si vous ne me croyez Vous avez de bons yeux, et les croirez peut-Otre.

Je vous en prie, ami, faites-le moi connaître, Il m'apprendra de qui don Juau est jaloux, Et par quelle raison...

n. LOUIS.

J'ai su cela pour vous :

Il trompe Léonor et voit de nuit Lucrèce.

n. LOPE.

Pour cerlain?

D. LOUIS

Pour certain.

D. LOPE

Ociel,qucd'allégresse !

D. LOUIS

Adieu. Mais prenez garde à ne parler de rien. On pourrait l'accuser d'être magicien.

(Bas en s'en atlanl.)

En voici du moins un déjà mis dans le piège. SCÈNE VII

D. LOPE, ■■seuh

En quel étonnement aujourd'hui me trouvé-je A peine puis-je encor rassembler mes esprits. Tant mes sens sont ensemble et confus et surpris. Don Fernand astrologue et don Juan parjure! Selon mes vœux, amour, conduis cette aventure. J'imagine un moyen qui me peut rendre heureux. Et don Fernand l'inspire à mon cœur amoureux : Allons voir Léonor, vantons-lui sa science, El de celui qu'elle aime examinons l'absence. Faisons naître en son cœur le désir de le voir Par l'effet merveilleux de son divin pouvoir. Que si pour s'y résoudre elle est assez hardie, Elle apprendra de lui toute sa perfidie, Verra que c'est un fourbe, et qu'il est à Madrid ; Alors que ne peut point la honte et le dépit I Oui, de sa folle erreur étant désabusée, Son cœur sera sans doute une conquête aisée. Et je puis espérer, si je prends bien mon temps. De voir dans peu de jours tous mes désirs contents. Ne difTérons donc plus, et sans perdre courage, Allons, quoi qu'il en soit, commencer cet ouvrage.

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