SCÈNE I D. FERNAND, D. LOUIS, PHILIPIN
D. LOUIS
Astrologue excellent, miraculeux esprit.
Vous laites aujourd'hui l'entretien de Madrid ; Comme il ne fut jamais de fourbe mieux conçue, Jamais avec ])lus d'heur fourbe ne fut reçue, Chacun également en est persuadé, Avec respect déjà vous êtes regardé.
Et si quelque accident ne vient troubler la fête. Vous passerez bientôt pour un nouveau prophète.
D. FERNAND
Aussi pour confirmer ce que l'on croit de moi. Je ne perds point de temps.
PIIILIPIN, donnant deux livns ù D. Louis.
Ces livres en font foi, Voyez.
LE FEINT ASTROLOGUE, ACTE III, SCÈNE il.
D. LOUIS, ouvrant les deux livres.
Un almauach, un traité de ia spliùre!
riiii.ipiN.
Il en (lispiiterait s'il était nécessaire : Vous no vîtes jamais astrologue pareil.
D. LOUIS
Vous connaisse/, du moins les maisons du soleil?
D. FEUNAND.
Je connais même encor le zénith, l'écliptique, Le tropique du cancre, et le piMe antarctique. Ces termes de « Jupiu sopposaut à Véuus, » Grâce à mou almanacli, ne m'épouvantent plus. Et même en un besoin, par quelque préambuli;, Je brouillerais l'esprit d'une femme crédule : Je n'ai fait toutefois dans ce commencement Qu'un elTort de mémoire, et non de jugement, Il me faut fuir encor le père de Lucrèce. Avez-vous cependant poussé bien loin la pièce?
D. LOUIS
Assez loin, et peut-être en rirez-vous un peu. J'ai su trouver d'abord une maison de jeu, Où j'ai tout débité dans une troupe amie De ceux qu'on nomme là piliers d'académie, De ces prêteurs à poste ; et comme tout le jour Attendant la rencontre ils tiennent là leur cour. Vous savez que de tout curieux ils s'informent, Que sur chaque nouvelle ils taillent, ils réforment ; Jugez si je pouvais m'être mieux adressé. Chez les comédiens de là je suis passé, Où, pour mieux faire croire une telle merveille, J'en ai dit à beaucoup le secret à l'oreille. Et cette confidence a si bien pullulé, Que d'oreille en oreille il s'est partout coulé. Au sortir de ce lieu, soufl'rez qu'encor j'en rie, Un ami m'a conté ma propre menterie, Avec tant de serments que c'était vérité, Que moi-même à l'ouïr j'en ai presque douté. Eufin, le jour manquant, j'ai passé par la place, Où posur vous un certain mentait de bonne grâce, Et publiait, tout prêt d'en jurer au besoin, Cent choses dont lui-même il se disait témoin : Cinqousix récoutaient,jera'approche,etpour rire J'ai sur ce qu'il disait voulu le contredire ; Mais lui, plein décolère et d'indignation, M'interrompant soudain avec émotion, " Je dis ce que j'ai vu, m'a-t-il dit, et peut-être Vous en parlez ainsi faute de le connaître. Ou vous portez envie aux hommes de vertu : » Et moi sur ce ton-là craignant d'être battu, Je me suis retiré pour en rire à mon aise.
D. FERNAND
L'histoire est admirable.
D. LOUIS
Elle n'est pas mauvaise.
D. FEK.NAND.
Que l'on trouve à Madrid d'impertinents menteurs !
D. LOUIS
Les nouveautés partout trouvent des sectateurs. Mais ce qui me surprend, c'est qu'eu cette aventure...
PHILlrliN.
Une dame, monsieur, d'assez belle stature, Demande à vous parler sans témoins un moment.
D. FERNAND
Ami, retirez-vous dans cet appartement : Ne s'agirait-il point-ici d'astrologie?
D. LOUIS
Plût à Dieu ! J'en aurais l'âme toute ravie, Aussi bien vous faut-il, par un effort d'esprit, En tromper deux OU trois pour vous mettre en crédit.
D. FERNAND
Quoi que ce soit, d'ici vous le pourrez entendre.