I.A TANTE
Ainsi tu me tiens hors d'état De plus faire divorce avec le célibat?
LISETTE
Non, un mari pour vous est un point nécessaire.
LA TANTE
Les gens ont, sans cela, tant de peine à se taire. Que pour ôter tout lieu de médire de nous...
LISETTE
Hé, si l'une s'en plaint, l'autre le trouve doux. Dans la fleur de nos ans, où tout aime à nous rire, C'est gloire que de nous on s'attache à médire ; Et j'en sais qu'on verrait pester au dernier point. Si de leurs soupirants on ne médisait point. Le."* belles, à l'envi, tirent de ce murmure. Du côté du mérite, un favorable augure; C'en est aussi la marque; et, sans expliquer rien, Si l'on a leurs faveurs, on les achète bien : Mais dans l'âge où pour nous manque la complai- Malheur à qui ne fait taire la médisance, [sauce, Grand opprobre, madame.
LA TANTE
11 est rude en tout temps.
Et beaucoup plus encor quand ou a nombre d'ans. Croyez-moi, sur ce point la médisance est vraie. Étant vieille, l'on n'a que les amants qu'on paie; Et je laisse à juger, la belle passion Qui s'allume ou s'éteint selon la pension?
LA TANTE
Ah, Lisette!