LI.SETTE
Excusez, je parle avec franchise,
LA TANTE
En est-il...
LISETTE
Non, témoin notre vieille marquise.
Qui, ne pouvant trouver de galant tout entier. Se contente, dit-on, qu'on serve par quartier. Pour quatre pensions il faut bonne finance.
LA TANTE
Et puis, n'ai-je pas lieu de fuir la médisance?
LISETTE
Oui, sans doute, et de vous on en dirait autant. Mais, en fait de mari, ne barguignez point tant ; Le vouloir jeune et riche...
LA TANTE
Hé, pour le bien, Lisette; Tu sais que ce n'est pas...
LISETTE
L'affaire vaut donc faite. Le baron d'.\lbikrac sera votre vrai fait.
LA TANTE
S'il a si bonne mine.
LISETTE
Ah, madame!
LA TANTE
J'y puis songer.
En effet,
LISETTE
Surtout, suivez ma tablature; Gardez toujours la bourse, et donnez à mesure. Quand on a, comme vous, force écusbien comptés, On peut faire à propos ses libéralités : Il est d'heureux moments où l'on trouve son comp-
LA TANTE. [te.
Si j'osais m'amuser de Léandre ou d'Oronte, J'aurais bientôt choisi.
LISETTE
Le respect les retient.
Peut-être ils parleront si notre baron vient. Souvent la jalousie est ce qui nous enflamme.
LA TANTE
Mais il semble qu'Oronte et ma nièce...
Madame.
LA TANTE
Tout de bon, à l'oreille il aime à lui parler.
LISETTE
Croyez qu'il ne lui dit que des contes en l'air. Elle est si jeune encor...
LA TANTE
Défions-nous de l'âge, Il en est, dès douze ans, que la fleurette engage; Et le cœur...
LISETTE
Il est vrai, c'est un oiseau si fin Qu'il faut, pour l'attraper, venir de bon matin. Mais, quant à votre nièce, à moins d'en vouloirrire. On ne peut...
LA TANTE
La voici, voyez ce qui l'attire; Il faut que je l'éloigné.
LISETTE
Ah! gardcz-Yous-cn bien :
Vous savez que Léandre aime votre entretien; Et s'il peut avec elle embarrasser Oronte, Je crois qu'auprès de vous il trouvera son compte.
LA TANTE
Cela se pourrait bien; mais s'il fallait aussi Que ma nièce...
N'ayez pour elle aucun souci.