‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 908 sur 1518 · SCÈNE VI LA TANTE, LÉANDRE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LA TANTE, LÉANDRE

LA TANTE, Voyant que Léandre veut sortir.

Léandre, me laisser pour une promenade?

LÉANDRE

J'admirais du baron la plaisante boutade. Et voulais voir la fin de tout ce ditférend.

LA TANTE

Vous êtes bien secret.

LÉANDRE

Moi!

LA TANTE

Cela VOUS surprend?

LÉANDRE

J'écoute le reproche, et n'en sais point la cause.

Hé, j'en avais déjà soupçonné quelque chose, Mais mon sexe...

LÉANDRE

De quoi me voulez-vous parler?

LE BARON D'ALBIKKAC, ACTE II(, SCÈiNE VI.

LA TANTE

Un homme i|iiaii(l il veut sait bien dissimuler! Vous ne m'aimez dniic pas"?

LKANDRE.

Moi, madame?

LA TANTE

Vous-même.

LÉANDRE

Si, sans en rien savoir, il se peut que l'on aime...

LA TANTE

Que vous êtes injuste! On me l'avait bien dit Qu'à feindre on n'eut jamais tant d'adresse et d'es- LÉANDRE. [prit.

Mais qui donc vous a fait ce rapport do ma flamme?

LA TANTE

Celui qui comme vous voit au fond de votre âme, Votre ami.

LÉANDRE

Quoi, ces feux, ces amours prétendus.

Vous les savez, d'Oronte?

LA TANTE

Oui, de lui ; mais bien plus, Il m'a dit qu'ayant su combien je lui suis chère, Vous prétendiez pour lui renoncer à me plaire, Mourir plutôt cent fois d'un désespoir jaloux...

LÉANDftE.

Madame, Dieu me damne, il se moque de vous. Je n'y pensai jamais.

LA TANTE

Vous le voulez bien dire.

Mais...

LÉANDRE

Où donc en pourrait être le mot pour rire? Je dis ce qu'il faut croire.

LA TANTE

A quoi bon affecter De nier un amour dont je ne puis douter?

LÉANDRE

Vous le devez pourtant.

LA TANTE

C'est vous trahir vous-même.

Ne vous obstinez point...

LÉANDRE

Enfin donc je vous aime?

LA TANTE

Quand d'Oronte aujourd'hui je n'aurais pas appris Combien d'amour pour moi vous vous sentez épris, Vous m'en avez tant dit ce matin même encore. J'ai tant vu dans vos yeux que votre cœur m'adore, Que le mien de vos feux jamais ne doutera.

LÉANDRE

J'ai dit, vous avez vu tout ce qu'il vous plaira. Mais je no vous aimai cependant de ma vie.

LA TANTE

Vous ne m'aimez pas?

LÉANDRE

Non, et n'en ai point d'envie.

LA TANTE

Le terme est un peu fier, et môme injurieux;

Mais j'en sais le motif et vous on aime mieux. Qui peut à son ami sacrifier sa flamme. S'il était marié, chérirait bien sa femme. Peut-on assez louer cet effort de vertu?

LÉANDRE

Mais je vous parle net.

LA TANTE

Vous vous êtes trop tu.

C'est d'où vient tout le mal, mais j'y vois du remède. Sans trop en murmurer, ce cher ami vous code; Et môme, s'il vous faut dire tout aujourd'hui, J'ai du penchant pourvous beaucoup plus que pour

LÉANDRE. [lui.

Est-ce en dépit des gens que selon son envie...

LA TANTE

.iNon, mais en dépit d'eux on prend soin de leur vie; Et souffrir votre mort pouvant vous secourir...

LÉANDRE

Hé, faites-moi l'honneur de me laisser mourir.

LA TANTE

Si quelques jours encor votre amour se veut taire. Différons, j'y consens; mais, vous aurez beau faire, Il faudra, malgré vous, enfin le déclarer.

LÉANDRE, has.

Si quelque adroit détour ne m'aide à m'en tirer. Elle m'accablera. Madame, quand Oroute De mon amour pour vous vous a fait le beau conte, Ne lui parliez-vous point d'épouser?

LA TANTE

Dès demain.

S'il l'eût pu consentir.

LÉANDRE

Vous l'offriez en vain.

Je ne m'étonne plus s'il a joué d'adresse.

LA TANTE

Serait-il marié?

LÉANDRE

Non pas, mais...

Hé bien, qu'est-ce?

LÉANDRE

Ce serait le trahir que vous en dire plus.

LA TANTE

De grâce.

LÉANDRE

Je ne puis m'expliquer là-dessus; Il romprait avec moi, s'il avait pu l'apprendre.

LA TANTE

Je n'en parlerai point.

LÉANDRE

Je crains trop...

LA TANTE

Non, Léandre, Croyez-moi.

LÉANDRE

Vous vouliez récompenser son feu?

La chose est impossible, il est votre neveu.

LA TANTE

Mon...

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