SCÈNE IV PRUSIAS, AR.\XE
PRUSIAS
Va, traître, et puisqu'enfiule crime peut te plaire, Pour obtenir la fille assassine le père. [nuit,
Que je suis malheureux! Tout me perd, tout me Si je forme un projet, mon rival le détruit ; Et Rome, en un moment, par de lâches surprises. Fait tourner contre moi toutes mes entreprises. Impitoyable amour, que ne t'ai-je étouffé Avant que de mon cœur ta flamme eût triomphé; Je ne me verrais pas esclave d'une haine Qui veut que je m'oppose à la fierté romaine; Et tout à ma grandeur, sans plus rien épargner, Aux dépens d'Aunibal, j'apprendrais à régner. Mais pourquoi t'oser croire, ô grandeur importune, Serviles intérêts d'État et de fortune, Qui, pourme conserver levain titre de roi, M'ôtez la liberté de disposer de moi?
Sansvousdel'amour seul j'écouterais la flamme. Le trône n'aurait rien qui partageât mon âme; Au lieu que l'un et l'autre attirant tous mes vœux. Sans céder à pas un, je cède à tous les deux. 0 désirs de grandeur, fiers mouvements de gloire, -Vmour, Rome, Annibal, qui de vous dois-jecroire? Qui de vous dans mou cœur doit enfin l'emporter?
ARAXE
Sachant ce qui se passe, avez-vous à douter? 11 faut perdre Anuibal, cette seule entreprise Affermit votre trône, et vous acquiert Élise; Par là vous gagnez tout.
PRUSUS.
Perdre Annibal ! Hélas !
ARAXE
Etes-vous en état de ne le perdre pas? Décidant de ses jours, Attale...
PUUSIAS.
Ah, le perfide!
Mais le serai-je moins si ma flamme en décide?
ARAXE
De tels crimes au sort doivent être imputés.