LA MORT D'ANMBAL, ACTE V, SCÈNE IX
ARAXE
Il ne vit plus.
NICOMÉDE.
0 funeste journée !
Mon pèi-e ne vit plus.
ARAXE
A peine a-t-il appris Ce que pour Annibal vous avez entrepris, Que saisi tout à coup d'une fureur extrême, Pour vous couper passage, il est sorti lui-même : 11 n'a trouvé qu'Attale, avec qui les Romains Par un fatal rencontre étaient venus aux mains. Aux dépens de leur sang il se faisait connaître, Et, remarquant le roi, » Vois si je suis un traître, >■ A-l-i! dit. A ces mots redoublant sa fierté, Au milieu des Romains il s'est précipité. C'est là que Prusias armé pour leur défense, A voulu s'opposer à cette violence; Il les a secondés contre Attale, et d'abord Sans savoir par quel bras on l'a vu tomber mort. Pour venger cette perte aux Romains si fatale, Ils s'animent l'un l'autre, enveloppent Attale, L'arrêtent, et craignant quelques malheurs nou- Flaminius, dit-on, regagne ses vaisseaux, [veaux,
NICOMÉDE.
0 succès déplorable! 0 perle trop amère! Romains, qui me coûtez la vertu de mon père. Vous m'en ferez raison; pour ce noble souci. Donnez l'ordre, seigneur, vous êtes maître ici. ANNIBAL, à Élise.
C'est trop, il ne faut plus que votre amour se cache. Le prince vous mérite, il est enfin sans tache. Prenez-le pour époux, et, dans tous vos desseins, Ayez pour seul objet la perte des Romains.
Après un trop long faste un jour viendra peut-être Où ces tyrans du monde adoreront un maître; Et tremblant sous le joug qu'ils m'osaieiitdcstincr. Se soumettront aux lois qu'ils n'ontpu me donner. Puissent-ils, attendant ce honteux esclavage. Tourner contre leur sein leur plus sanglante rage, Se déchirer l'un l'autre, et d'un acier fatal Eux-mêmes s'immoler aux mânes d'Annibal.
ÉLISE
Aux mânes d'Annibal !
ANNIBAL
Quoi, vous auriez pu croire Que j'eusse pris si peu l'intérêt de ma gloire. Qu'aux mainsde mes tyra ns m'étant vu sans secours. Je leur eusse laissé quelques droits surmcs jours? Cet anneau m'a fourni de quoi ne les pas craindre. Je meurs empoisonné.
KICOMÈDE.
Dieux!
ANNIBAL
Gardez de me plaindre.
Avccquc trop d'éclat j'ai su remplir mon sort, Pour vous donner sujet de regretter ma mort. Vivez pour haïr Rome; et, maîtres de vos vies, Si d'un jaloux destin elles sont poursuivies, Envisageant toujours sa rigueur sans elfroi, Bravez la tyrannie, et mourez comme moi.
ÉLISE
C'en est fait, il expire. Ab, seigneur!
NICO.MÉDE.
Ah, madame!
Que d'ennuis à la fois s'emparent de mon àme! Allons en Bithynie, et, pour nous soulager, Faisons-v tout servir au soin de nous venger.