‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 987 sur 1518 · I.E .MAHQUIS · texte numérisé non relu

I.E .MAHQUIS

J'en ai pitié, ma foi.

Vingt ans, veuve, et languir! Viens, conduis-moi

[chez-elle, 11 faut lavoir; au moins, tu me dis qu'elle est belle?

LISE

Elle a dans Orléans tout fait mourir d'amour; Mais vous en jugerez, monsieur, à son retour.

Elle n'est pas ici?

CARLIN

Puisqu'il faut vous le dire, Pour vouloir fuir le mal quelquefois on l'empire. L'autre jour, en passant, la comtesse vous vit. Votre mine, votre air, enfin tout la surprit; Et chez elle d'abord l'amour faisant ravage. Pour guérir par l'absence elle a fait un voyage; Mais do fièvre en chaud mal son cœur par là tombé, Est contraint avec vous de venir à jubé. Sa flamme impatiente en ces lieu.\ la rappelle, Vous la verrez demain.

LE MARQUIS

Je me souviendrai d'elle.

Seulement du retour prends soin de m'avertir.

LISE

Vous viendrez donc?

LE MARQUIS

Oui, va.

{A Carlin).

Je puis m'en divertir; Et selon... Mais je vois mon impertinent frère.

LISE, à Carlin.

C'est là le chevalier?

CARLIN

Lui-même. Adieu, ma chère.

LISE

Est-il original qui vaille ton marquis?

LE MARQUIS, LE CllEVALIE», CARLIN.

LE CHEVALIER

Peut-être que je viens mal à propos?

LE MARQUIS

Tant pis.

Qui vous force à venir?

LE CHEVALIER

Vous voyant dans la rue,

Passerai-jc tout droit sans que je vous salue?

LK MARQUIS

Saluez-moi de loin, et ne médites mot.

LE CHEVALIER

Mais ceux qui me verront...

LE MARQUIS

Vous prendront pour un sot.

Que m'importe?

LE CHEVALIER

Toujours injure sur injure?

Vous êtes mon aîné, je me tais, et j'endure.

LE MARQUIS

Ilébien, n'endurez point, qu'esl-ceque vousferez? Vous me chanterez pouille, et vous retirerez, C'est là ce que je veux.

Grâce à votre injustice, Me voir et me parler est pour vous un supplice, J'en suis trop convaincu.

LE MARQUIS

Ne l'ignorez donc pas.

J'en suis content.

LE CHEVALIER

Ma peine a pour vous des appas; Et plus vous connaissez que le malheur m'accable...

LE MARQUIS

Il est vrai, votre vie est gueuse et misérable ; Mais enfin, sans appui, sans ressource, sans bien. Vous devriez mourir, et vous n'en faites rien. Est-ce ma faute?

LE CHEVALIER

Au moins, si par le droit d'aînesse Vous avez de grands biens, j'ai la même noblesse.

LE MARQUIS

Vous êtes chevalier, mais quand il faut manger, Votre chevalerie est un mets bien léger. Et souvent la mâchoire est fort mal occupée A qui n'a, comme vous, que la cape et l'épée.

LE CHEVALIER

Et la cape et l'épée auront toujours de quoi Faire considérer des gens faits comme moi. Jouissez de vos droits, l'ainesse vous les donne. Je n'y demande rien.

LE MARQUIS

Vous me la baillez bonne.

Si dans votre chaumière il vous eût plu rester, Votre part de cadet vous eût fait subsister. Mais on ne va pas loin avec petite somme. Vous avez voulu faire ici le gentilhomme. Et n'ayant plus de quoi, vous voilà surle point D'être franc parasite, ou de no diner point. Gucusez, servez, volez, cen'est pointnion afl'aire.

LE CHEVALIER

J'ai fait quelque dépense, et cru la devoir faire. Ma gloire étantlavôtre, il vousdoitêlre doux...

LE MARQUIS

.Mais Carlin que voici mourait de faim chez vous. Et s'il n't'fit avec moi cherché ses avantages. C'était fait de sa vie ainsi que de ses gages.

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