SCENE VIII . PALMA, CHRISTEL, LE BARON
Hermann est resté sur la terrasse *.
PALMA, au baron.
Quel honneur pour moi, Excellence!
LE BARON
Je viens de voir votre galerie, maître Palma ; elle est digne du palais d'un prince ! — Ce portrait est achevé?...
Il regarde le portrait de Christel.
PALMA
Pas encore tout à fait, monseigneur : mais je puis terminer seul ce qui reste à faire.
LE BARON
Ce sera, si je ne me trompe, une de vos plus belles œuvres... et ma fille n'aura rien de plus précieux dans sa dot.
PALMA, a part.
Dans sa dot!
LE BARON
Nous avons au château depuis ce matin, maître, deux nobles hôtes... le prince de Guastalla... et son fils... souverain légitime de Mantoue... et fiancé de ma fille. L'admiration de votre art est héréditaire dans leur pays; je veux vous présenter à eux, et leur faire les honi Allemagne.
PALMA
Monseigneur!...
* Palma, le baron, Christel.
166 PALMA
LE BARON
Venez aujourd'hui, je vous prie, dîner au château. Le duc de Mantoue vous remerciera lui-même du magnifique pre'sent que je lui fais, grâce à vous. Vous acceptez?
PALMA
Monseigneur!
LE BARON
Au revoir, maître... Dans une heure, nous vous attendons.
Le baron prend le bras de sa fille et sort.
PALMA, demeuré seul, saisit avec rage le tableau posé sur le cheralet et le foule aux pied*.
Pour son fiancé, jamais !
HERMANN, qui est entré par la gauche.
Mon bon maître, que faites-vous?... Votre plus belle œuvre!...
PALMA
Oui, ma plus belle œuvre... et c'est pour cela que je veux qu'elle soit détruite avec mon plus beau rêve... Elle ne m'aime pas!
Il tombe k droite sur un fauteuil, et se cache la tète dans ses mains. Hermann regarde le tableau et reste à genoux.