‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 172 sur 280 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

RICHELIEU

Riez, monsieur Château... Ne m'avez-vous pas dit dans un couvent, Fronsac?

fronsac.

Mieux que cela, monsieur. Vous savez cette mystérieuse maison, cette thébaïde murée, grillée et fortifiée, qui se trouve [près de l'Arsenal, à droite... qu'on appelle l'Ermitage de l'Arsenal...

CHATEAU, très sérieux tout h coup.

Juste ciel! mais c'est dans cette maison cjue ma nièce achève son éducation!...

C'est cela! c'est la nièce de M. Château.

CHATEAU

Si je le croyais!...

RICHELIEU

Bon ! bon ! quand elle serait un peu gaillarde comme son oncle... Au reste, vous devez vous tromper, monsieur Château... car cette maison, cette thébaïde, dont parle M. de Fronsac, n'est ni un couvent ni un pensionnat... elle sert simplement de retraite à une femme de beaucoup de vertu et d'esprit... à ce qu'on dit... car la cour en parle... sans l'avoir jamais vue... quoiqu'elle passe pour être l'amie particulière de Mesdames.

CHATEAU

Justement... c'est madame la chanoinesse de Reuilly, monseigneur.

RICHELIEU

Eh bien, est-ce que c'est votre nièce, cette chanoinesse ?

CHATEAU

Non, monseigneur... mais ma nièce demeure avec elle.

RICHELIEU

Mais ce n'est pas possible, Château, vous vous trompez de porte. Je sais parfaitement à quoi m'en tenir... Mon oncle, monsieur le cardinal de Noailles, qui demeure à côté, est le directeur de cette édifiante personne... Il me disait encore hier qu'elle vivait dans une solitude absolue entre ses livres et son jardin. Le roi lui a offert en vain la surintendance de la maison de Saint-Cyr. Elle a dit qu'elle n'avait pas trop de tout son temps pour travailler à son propre salut. Eh bien, il paraît qu'elle n'y travaille que le jour à son salut... et que, la nuit venue, elle débâtit.

CHATEAU

J'ai l'honneur de répéter à monsieur le maréchal que c'est elle-même qui fait l'éducation de ma nièce.

RICHELIEU

Impossible, encore une fois... Expliquez-vous?

CHATEAU

Il y a un an, je reçus la visite de cette dame, dont la beauté m'éblouit d'abord.

RICHELIEU

Ah! elle est belle?

CHATEAU

Un port de déesse, monseigneur.

RICHELIEU

Je gage que vous lui fîtes un méchant parti, monsieur Château?

CHATEAU

Je "n'en eus même pas la pensée, monsieur le maréchal, tant elle m'inspira de respect.

RICHELIEU

Et elle vous demanda votre nièce?

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