SCÈNE V LA CHANOINESSE, RICHELIEU
LA CHANOINESSE s'assied près de la table et montre un siège à Richelieu, qui le prend au fond, et s'assied près d'elle.
J'en suis encore, monseigneur, à apprendre le motif de la visite dont vous avez bien voulu m'honorer.
RICHELIEU, à part.
C'est bien la voix de ce matin. (Haut.) Mon Dieu, madame, rien de plus simple... j'ai coutume, quand je reçois une visite, de la rendre.
LA CHANOINESSE, troublée.
Je no comprends pas, monseigneur.
RICHELIEU
Oh! je vous demande bien pardon... (a. part) Elle a peur... J'ai barres sur elle... Avançons!... (Haut.) Voilà deux ans, madame, que j'ai l'honneur d'être votre serviteur et votre jouet.
LA CHANOINESSE
Que voulez-vous dire, monseigneur?
RICHELIEU
J'entends, madame, que ma correspondante mystérieuse depuis deux ans, ma visiteuse voilée de ce matin et madame la chanoinesse de Reuilly me paraissent être fort parentes entre elles.
LA CHANOINESSE
Monseigneur, vous seriez généreux de m'épargner la souffrance de cet entretien.
RICHELIEU
Madame, vous m'avez donné le droit des reproches... Imposer pendant des années à un homme de mon nom une tâche de Géronte, un office de chaperon, mettre sous ma garde ses jeunes amours, me charger d'un personnage de duègne, c'est là une conduite qui pourrait me faire éclater justement en plaintes amères... Eh bien, non, je ne me plains pas... Je vous l'avoue, cette conduite même, toute perfide qu'elle est, m'a entrepris la fine pointe du cœur... Je ne devrais songer qu'à la vengeance et je ne songe qu'à vous demander merci.
LA CHANOINESSE
Monsieur de Richelieu... (a part.) Que je souffre...
RICHELIEU, à part.
Oh! c'est singulier, il me semble connaître cette voix-là