‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 217 sur 280 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Orléans?.,. Est-ce quand je vous ai assuré un protecteur puissant? Est-ce quand j'élevais près de moi, comme ma fille, celle que vous aimiez?...

RENÉ

Celle que j'aimais et dont vous me cachiez avec tant de soin la retraite! celle que vous reteniez si sévèrement derrière ces murs, en lui laissant ignorer jusqu'à mon existence!... Oh! je ne puis... je n'ose comprendre dans quel but vous avez pris plaisir à prolonger si étrangement ce mystère, cet artifice... Mais maintenant que mes yeux sont ouverts, je dois vous dire qu'à toutes ces marques d'une bienveillance douteuse, je ne puis répondre, je ne répondrai jamais que par de l'indifférence. . . sinon de la haine !

LA CHAN01NESSE, émue.

De la haine !

FLORINE, à part.

Ils sont barbares, ces tout jeunes gens !

LA CHANOINESSE,se levant et allant près de René.

René! cela est-il vrai?... cela est-il possible? Ètes-vous bien sûr de me haïr?

RENÉ

Madame!... Eh bien!... non... non... et vous le voyez trop... je le sens moi-même avec désespoir... C'est un vertige sans nom... c'est un crime... J'aime Marie, mais j'éprouve pour vous en même temps une affection invincible!...

LA CHANOINESSE

Monsieur !

Oh! il s'embrouille... bravo!

RENÉ

C'est de la démence, je le sens; et cependant, au fond

de mon cœur, il me semble que je n'offense ni vous ni elle... Que puis-je vous dire, madame? Cette plaee que tiennent dans la vie des autres hommes les sentiments de l'enfance que je n'ai jamais connus... la tendresse, le respect et toutes les douces religions de la famille... Cette place était vide dans mon cœur... et vous l'avez prise... Je vous aime... hélas!... je vous offenserai si je vous le dis...

FLORINE

Dites toujours...

LA CHANOINESSE

Mon Dieu!

RENÉ

Eh bien! si j'avais eu une mère... non comme celle qui m'a abandonné... mais une mère belle... tendre... respectée, je l'aurais aimée du saint amour que vous m'inspirez... Je serais tombé à ses genoux... Je lui aurais dit : ma mère, ne soyez pas jalouse... j'aime Marie... mais il y a assez de place là (Frappant sa poitrine.) pour vous et pour elle... et vous aussi, ouvrez votre cœur à vos deux enfants !

LA CHANOINESSE, tremblante.

Et cette mère, cette mère, René, savez-vous ce qu'elle vous répondrait?

RENÉ

Oh! elle me tendrait les bras et me dirait : Aime-la î...

LA CHANOINESSE

Eh bien!... eh bien... aime-la, et surtout aime-moi.

Elle lai ouvre les bras.

RENÉ"

Madame!... ma mère!...

LA CHANOINESSE, l'embrassant.

René, mon enfant, (cm au dehors.) Madame! madame!...

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