SCÈNE DOUZIÈME
HECTOR
Je m'en doutais, monsieur.
En 1807, j'enlevai une Tyrolienne... son mari voulut faire le jaloux... je le tuai dans un duel à la carabine.
HECTOR
C'est une histoire des temps passés... soit... je m'en régale volontiers.
GRUNSBERG.
Deux ans après je fus aimé d'une Wurtembergeoise, laquelle était duchesse : elle me trompa pour un jeune homme qui avait des cheveux de votre nuance ! je le dépêchai d'une botte à fond.
HECTOR
Permettez-moi de plaindre sa famille !
GRUNSBERG.
En Espagne, je me pris de querelle avec un alcade. ». à propos de sa maîtresse qui me trouvait de son goût.
HECTOR
Je veux croire qu'elle était belle femme !
GRUNSBERG.
Magnifique, monsieur ; j'envoyai une balle de pistolet dans l'œil droit de l'alcade.
HECTOR
En un mot vous l'éborgnâtes?
GRUNSBERG.
Je fis mieux... car il en mourut sur l'heure.
HECTOR
Vous avez la main malheureuse, à ce <jue j« vois, «monsieur?
GRUNSBERG.
C'est un inconvénient que j'ai en effet. Oui, monsieur, mais passons.
HECTOR
Volontiers...
GRUNSBERG.
Vous venez, dit-on, pour épouser la fille du major.
HECTOR
C'est mon projet, oui, monsieur.
GRUNSBERG.
Je comptais en faire ma femme, monsieur, mon épouse.
HECTOR
Je l'ai ouï dire.
GRUNSBERG.
Je mets en fait, monsieur, qu'un homme qui depuis quatre années, dont une bissextile, s'étudie à filer le parfait au vis-à-vis d'une dame... ne se laisse pas moucher par le premier venu.
Permettez, capitaine, le premier venu, c'est vous... puisque je suis le second.
GRUNSBERG.
Jeune homme... quand on a jonché de maris malheureux toutes les capitales de l'Europe, quand on a chanté la séguedille sous toutes les latitudes.
HECTOR
Vous savez l'histoire, capitaine... La cigale ayant chanté tout l'été... etc.. quand la bise fut venue.
GRUNSBERG.
D'accord, monsieur ; mais autant aurait valu me prendre le nez entre le pouce et l'index.