LE P.OI
Quel motif vous ramèno ?
LE DUC
Sire, depuis huit jours le Portugal est perdu; votre ministre le sait, et vous le cache : voilà le motif qui me ramène à Madrid. Quant à la raison qui me conduit à cette heure de nuit dans votre palais et jusqu'auprès de votre personne, par le premier chemin que j'ai pu m'ouvrir...
LE ROI
Ah! parlez, car j'allais vous la demander!
LE DUC
Sire, je viens pour apprendre de Votre Majesté ellemême à quel sort elJe réserve M. de Mediana.
LE ROI
Vous m'interrogez, duc?
LE DUC
Sire, je tiens de mon père cette maxime : «C'est au roi, après Dieu, que tu dois obéissance et respec après Dieu, qui te doit protection, conseil J'ai besoin d'un conseil et d'un exemple, et ( ger Votre Majesté.
LE ROI
Eh bien! parlez, monsieur.
LE DUC
J'osais vous demander, sire, connaissant le crime dont on accuse le comte, quel châtiment vous lui destinez?
LE ROI
Mais, que vous importe, enfin?
LE DUC
C'est que j'ai une offense pareille à venger, sire, et quand je saurai de quelle manière Votre Majesté a jugé dans sa cause, je pourrai plus sûrement juger dans la mienne.
LE ROI
Votre cause? une offense pareille? oubliez-vous qui nous sommes, et osez-vous comparer?...
LE DUC
Un nom comme le mien, celui d'une maison éprouvée depuis des siècles au service de la vôtre, un honneur que nous avons tous de père en fils arrosé de notre sang sur vos champs de bataille; cet honneur-là, et tout honneur sans tache, j'ose le comparer à un honneur royal, et je crois n'offenser personne !
LE ROI
Duc d'Albuquerque, prenez garde ! l'outrage est différent, mais le châtiment peut être le même; nous avons déjà, cette nuit, signe' un arrêt de mort.
Sire, Votre Majesté en signera un second! mais qu'elle juge auparavant. Sire, cette nuit, dans un incendie, excuse suffisante, peut-être, l'étiquette royale a été violée; un' jeune homme, presque un enfant, a commis cette faute, elle a fait peser sur lui le soupçon, le soupçon mortel, de