‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 83 sur 280 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

quelque rêve insensé ; il est puni, c'est juste ! c'est bien ! Mais, moi, sire, ce n'est pas des rêves douteux d'un enfant que j'ai à me plaindre. Oh ! ma blessure est plus pro fonde ! ma douleur plus amère !

LE ROI

Monsieur.

LE DUC

Car l'homme qui m'a offensé est celui-là même à qui j'aurais confié la garde de mon honneur en péril, me souvenant que ni moi ni les miens n'avions jamais manqué au sien! L'homme qui m'a offensé est celui pour qui j'ai passé ma jeunesse à risquer ma vie, loin de ma patrie, dans un exil volontaire ! Et quand enfin je lui rapporte, après vingt années, le prix de mes travaux sanglants, la main dont il m'accueille me soufflette au visage !

LE ROI

Duel

LE DUC

A ce bon serviteur, voilà ce qu'il préparait : une vieillesse ridicule, déshonorée! Grâce à lui, j'aurais été le seul de mon nom qu'on eût montré au doigt pour en rire. Oh! l'homme dont je vous parle, sire, quand il a cru trouver en moi, avec raison sans doute, un rival peu redoutable dans une lutte de galanterie, a-t-il pu oublier que si mes cheveux étaient gris déjà, et s'il était encore, lui, dans toute sa jeunesse, c'est que moi (arec émotion), tandis qu'il vivait glorieux et tranquille, je veillais pour lui?

LE ROI

Albuquerque... c'est vous laisser entraîner bien loin... sur des soupçons.

LE DUC

Qui sont fondés, sire; j'en vois la preuve dans vos mains, (a montre la clef que tient le roi.) Et maintenant, je

demande au roi, qui est l'équité suprême, s'il est juste que, dans la même offense, le soupçon soit frappe' de mort, et la certitude impunie?

LE ROI

Impunie? Vous vous trompez, duc, puisque étant ce que je suis, je vous ai écouté jusqu'au bout, et puisque enfin je perds une amitié comme la vôtre.

LE DUC, touché, très virement

Eh bien ! sire, laissez-moi vous prouver que celte amitié vous reste entière et loyale; laissez-moi le prouver par un conseil d'ami. Sire, faites grâce à M. de Mediana!

LE ROI

Oh ! duc, ne parlons point de lui !

LE DUC

Aujourd'hui, sire, par la faute de ce jeune homme, l'étiquette de la cour a été violée ; demain, par sa mort, ce sera l'honneur royal qui sera atteint : le supplice fera croire au crime ! Aujourd'hui, c'est un manque de respect au palais. Faites grâce, sire, ou demain ce sera un outrage à votre maison.

LE ROI

Duc, il est trop tard, les ordres sont donnés.

LE DUC

Non, tant qu'il reste une chance d'épargner à votre nom un affront public, une tache sanglante à votre mémoire, et à vous-même, sire, un remords peut-être... Car cet enfant, fait orphelin presque à sa naissance par cette fatalité héréditaire qui le poursuit, vous l'aimiez, sire.

LE ROI

Mais tout serait inutile, duc ; il est loin déjà!

LE DUC

Je le rejoindrai, et s'il est trop tard, eh bien! on saura

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