‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 90 sur 280 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BRIGITTE

Oui, ma fille .. (Basant la roix.) On dit que les morts même voient les éclairs dans leur tombeau.

JUSTUS

Ah! pour ça, personne ne le sait!

ROSCHEN

Impie! fi! J as tus... un homme qui tient l'auberge de la Passion... une auberge dont le nom est saint, ne pas montrer plus de respect pour les choses saintes... et pour sa naère quand elle en parle!

BRIGITTE

Bien, ma Roschen... Pour vous punir, vous, Justus, et pour te récompenser, toi, petite, je vais vous dire cette histoire. Il est temps que tu saches, mon fils, d'où est venu son nom à cette auberge, qui est la tienne...

ROSCHEN

Oh! quel bonheur! le nom de l'auberge et de l'histoire, cela ne fait qu'un... je m'en doutais !

JUSTUS, qui s'est approché de sa mère.

Je veux bien écouter; mais si c'est un conte de revenant, je n'y crois pas, d'abord!

BRIGITTE

Tu y croiras, mon fils ; car ton père l'avait vu, et il est mort jeune pour l'avoir vu. Il y a sept ans, en 1588, nous demeurions, ton père et moi, à deux lieues d'Inspruck... à vingt lieues d'ici... Dans la nuit du Vendredi-Saint, presque à la porte de notre auberge... un horrible assassinat fut commis...

ROSCHEN

Ah! dame Brigitte... mais c'est la fin, cela... Vou riez dû nous dire cela qu'à la fin.

126 PALMA

BRIGITTE

C'est que je ne sais si j'aurai le courage d'aller jusqu'au bout, ma fille.. Ainsi, c'était la nuit du Vendredi-Saint... heure pour heure... celle où je vous parle... un voyageur était entré pour souper dans notre auberge... C'était un homme de quarante ans à peu près... qui avait l'air d'un noble Seigneur. Il allait repartir, quand l'orage éclata... Il demanda une chambre et s'y retira. Mon mari et moi, nous n'osions nous coucher... car la maison tremblait, les fenêtres craquaient... C'était vraiment, comme celle-ci, une nuit de sabbat... et il y avait des bruits horribles tout autour de nous... A chaque éclair nous faisions un signe de croix en nous regardant. Tout à coup... on frappa violemment à la porte... Alors, mon mari et moi, nous nous levâmes, en nous demandant des yeux si nous devions...

(On heurte fortement a la porte du fond; tons se lôrent arec inquiétude). Oïl

a frappé.

ROSCHEN

Oui, mère Brigitte.

JUSTUS

Eh! non, c'est le vent!

BRIGITTE

Va ouvrir, mon fils.

JUSTUS

Mais, ma mère, c'est le vent !

On heurte de nouveau.

BRIGITTE

N'êtes-vous pas honteux, Jus tus?

JUSTUS

Puisque je suis certain que c'est le vent... Et d'ailleurs, je n'ai pas entendu, moi!...

Page 1