‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 91 sur 280 · SCENE II Les Mêmes, JOHANN PALMA · texte numérisé non relu

SCENE II Les Mêmes, JOHANN PALMA

PALMA

Pardon, bonne mère, cette nuit est mauvaise, et je crains de m'être égare. Je suis bien à Borghetto?

BRIGITTE

A Borghetto? oui, monsieur.

Sur la frontière d'italie?

BRIGITTE

Et d'Autriche, oui, monsieur.

PALMA

Il n'y a pas, aux environs de Borghetto, que celle-ci?

BRIGITTE

Ce pays est un peu désert, monsieur point d'auberge à une lieue à la ronde.

PALMA

N'avez-vous point reçu dans ]a journée, i voyageurs venant d'Italie?

BRIGITTE

Non, monsieur; le temps est rude; aucur passé par Borghetto aujourd'hui.

128 PALMA

PALMA, a part.

Si Dieu pouvait leur faire oublier à jamais mon chemin!... (Haut.) Donnez-moi, je vous prie, ma bonne dame, du papier, de l'encre... je vais e'crire... et du vin, si vous voulez...

Il s'as-ied à la table à gauche, le dos tourné au mur, Roschen le sert.... Il commence à écrire. Les femmes et Justus reprennent leur place auprès de Brigitte, qui se rassied.

ROSCHEN

Vous disiez, dame Brigitte, que votre mari et vous, vous vous .regardiez sans savoir si vous deviez ouvrir.

BRIGITTE

Oui, Roschen... mon mari s'y décida... (a Paima.) Nous ne vous gênons pas, monsieur?

Nullement.

Il écrit.

BRIGITTE

Alors nous vîmes entrer trois cavaliers masqués. Au moment de leur entrée , le seigneur qui avait soupe chez nous descendait de sa chambre et demandait' son cheval ; car la pluie avait cessé. Les trois nouveaux venus, dès qu'ils le virent dehors, quittèrent en hâte notre au berge... Je me sentis tout effrayée, sans savoir pourquoi, et je courus à la porte... Alors un des cavaliers masqués, celui qui paraissait commander aux deux autres, quoiqu'il n'eût rien à payer, me mit un florin d'or dans la main er me disant : « Voici pour vous, femme; vivez en paix... »

(l'aima écoute avec terreur, les yeux fixés sur Brigitte.) Tout Cela me

parut si étrange... que je me jetai à genoux, mes petites, et que je me mis à prier... et je dis à mon mari : « Je t'en prie, monte sur le petit coteau où la route tourne... De là on voit très loin, et tu verras s'il ne se passe rien... » La

Page 1