‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 99 sur 280 · SCÈNE V CHRISTIAN, FRANZ · texte numérisé non relu

SCÈNE V CHRISTIAN, FRANZ

CHRISTIAN, haussant les épaules.

J'avais hâte qu'il fût parti avant l'arrivée de nos deux Italiens.

FRANZ

Ne se pourrait-il pas que, lassé de nos poursuites... il se lassât de son silence ?

CHRISTIAN

Non, c'est une âme loyale !

FRANZ

C'est une tête exaltée... et...

CHRISTIAN

C'est une âme loyale, vous dis-je!...

FRANZ

Soit... Cependant, sa vie troublée... ses souffrances continuelles pourraient...

CHRISTIAN

C'est un honnête homme, monsieur... Assez sur lui., l'heure avance... ces étrangers devraient être ici...

FRANZ

Êtes-vous sûr, mon père, qu'ils viendront précisément à cette auberge ?

CHRISTIAN

C'est la seule de ce pays... Ce retard m'inquiète cependant... Donnez-moi, je vous prie, ce portrait, ce portrait de femme... cette sotte relique que vous avez emportée de Rome... Il nous servira tout à l'heure, je pense...

FRANZ, lui remettant un petit éorln.

Le voici, monsieur.

CHRISTIAN

Quand je songe, Franz, combien de hasards peuvent faire manquer cette rencontre si laborieusement combinée et de laquelle dépend le succès de mon unique ambition...

d'une pensée si longtemps, si ardemment poursuivie

tout mon calme, tout mon sang-froid m'abandonnent!...

FRANZ

Je comprends votre émotion, monsieur, à cette heure décisive... Mais je ne saurais vous dire que je la partage; jamais je ne me sentis le cœur plus vide d'espoir ou de crainte qu'en ce moment...

CHRISTIAN

Franz !

FRANZ

Mon père, c'est ainsi.

CHRISTIAN

Oui, le cœur vide de ces sentiments et de vous dites vrai !...

FRANZ

Ne me demandez pas plus que je ne puis, mo je pas, à votre premier mot, quitté cette 1 mai ne... à laquelle je commençais à prendre

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qui n'ai de goût à rien!... N'ai-je pas abandonné cette pauvre Fiorella, dont vous avez présentement le portrait... la plus séduisante danseuse dont les États du pape gardent la mémoire !

CHRISTIAN

Franz !

FRANZ

Permettez, monsieur, n'ai-je pas quitté tout cela, sans murmurer... pour vous suivre dans votre route dangereuse? N'ai-je pas échangé, sans me plaindre, contre ces sombres montagnes, les collines romaines et leurs couronnes de jardins parfumés?... Je vous ai suivi... Que voulez-vous de plus?

CHRISTIAN

Je n'aime pas à me plaindre, Franz ; mais vous me connaissez assez pour ne pas prendre mon silence pour de l'aveuglement. Dans cet abîme où votre père est descendu, sous le poids du soupçon et de la haine publique, pensezvous que tout votre devoir envers lui se réduise à cette insouciante docilité?... Est-ce à vous, dites, d'ajouter votre glaciale ironie aux mépris du monde... à vous qui pouvez lire sur le revers de toutes mes actions le mot qui les justifie... Tandis que je m'efforce de racheter par l'austérité de ma vie ces fautes... ces crimes même, où me pousse un juste ressentiment... vous ne voyez dans ce fatal désordre de mon existence, qu'un prétexte à vous souiller sans vergogne... à épuiser dans la débauche le peu de courage avec quoi vous étiez né... Vous faites si bien, que je ne puis voir en vous un fils, monsieur, je n'y vois qu'un complice !

FRANZ, arec amertume.

Mon père quand on est forcé, comme vous et moi, de

cacher au monde son nom de famille ; quand on n'a qu'un nom de baptême à lui donner... le monde se défie et vous

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