‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 140 sur 305 · SCENE DEUXIEME · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIEME

LE COMTE

Toi, ici?... toi ? Ah çà ! mais veux-tu t'en aller ! veux-tu t'en aller bien vile !

RAOUL

Mon ami, je te remercie de ton accueil... Je m'y attendais bien un peu ; mais, c'est égal, cela fait toujours plaisir... Voyons, ta main j (n le regarde.) Allons ! tu as encore ton bon œil humide... et ton bon cœur d'autrefois, n'est-ce pas?

LE COMTE

Mon ami, j'ai encore mon bon œil humide et mon bon cœur d'autrefois, c'est possible... ; mais je t'assure que tu me mets dans l'embarras... Tu dois comprendre que ta présence ici, dans une maison où ton nom n'a jamais e'te prononcé sans une légitime horreur est un fait inouï, renversant, qui touche au scandale... Voyons, qu'est-ce que tu veux ? qu'est-ce que tu viens faire ?

Mon ami, puis-je m'asseoir?

Certainement... Pardon, mon ami!... (n lui pousse un siège et va déposer son fusil.) D'autant plus que ma femme est dans sa serre pour une bonne demi-heure... C'est que j'ai d'abord été tellement saisi en t'apercevant !... mais, au fond, je t'assure que, pour mon compte, maigre' les circonstances, je t'ai conservé, dans le secret de mon âme, tous les sentiments de ma jeunesse. Assieds-toi donc... (n s*assoit lui-même*.) Et à propos de jeunesse, sais-tu que tu es incroyable, toi?... Tu ne changes pas ! Nous sommes du même âge, et tu parais plus jeune de dix ans !

RAOUL

Que veux-tu, mon ami !... Je ne me suis pas marié... je

* Le comlc, Raoul.

lis toujours mal conduit... Cela conserve un homme, tu comprends ?

LE COMTE

Diable de M o ri ère, ?a !... Ali ça ! sérieusement, qu'e que lu riens faire ici !

RAOUL

Mon ami, je te vais conter cela. Mais d'abord, dis- Ârchibald, tu as perdu ta belle-mère, n'est-ce pas 1

LE COMTE, gaiement.

Oui, mon ami... se reprenant) c'est-à-dire... 'douloureux) oui, mon ami.

RAOUL

Tu n'as plus que ta femme ?

LE COMTE

Oui, mon ami.

RA<'UL

As-tu des enfants ?

Non... Une fatalité !

Ah ! tu n'as pas d'enfants ?

LE COMTE

.Non... Une fatalité !

RAOUL

Et... aurais-tu e't»: bien aise d'eu avoir?

LE COMTE

Oui... très certainement !

RAOUL

Ta femme aussi ?

LE COMTE

Ma femme aussi, oui... ma femme surtout, naturelle-

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