SCENE SIXIEME
aumônes, de ces patronages, qui ne coûtent guère à la richesse, qui se concilient avec l'élégance, qui en sont même l'apanage recherche', et qui, en e'difiant suffisamment le monde, n'ôtent rien aux agréments de la vie ; je m'imaginais qu'elle visait plus haut, que la vertu vraiment digne de ce nom enfin, lorsqu'elle pouvait de'couvrir une de ces bonnes œuvres rares que l'opinion du monde peut blâmer, mais qu'une justice plus élevée approuve et bénit, était heureuse de s'en emparer et de s'y consacrer fièrement, dans la joie de sa conscience et sous l'œil de Dieu... Voilà, madame, la vertu telle que j'aimais, du fond de mon indignité, à la concevoir, à la respecter... (n se 1ère.) Et, si je me suis trompé, je le regrette profondément.
Il la ?alue.
LA COMTESSE
Mon Dieu, monsieur d'Arnaud, je ne sais si je me fais une idée bien juste du vice...
RAOUL, s'inelinant.
Permettez-moi d'en douter beaucoup, madame !
LA COMTESSE
Mais enfin, tel qu'il m'apparaît, j'avoue qu'il éveille chez moi une très faible sympathie, parce que, sous les beaux noms dont il lui plaît de se parer, entraînements du cœur, aspirations de l'àme... empire douloureux des passions... sous tous ces artifices de langage, je ne vois, moi, qu'une chose fort simple et fort peu intéressante : c'est le parti pris de s'abandonner franchement à ses pires instincts et de se soustraire aux lois qui sont la difficulté suprême, mais aussi le suprême honneur de la vie, à la lutte et au sacrifice... Vous parliez de devoirs faciles, monsieur... Pardon ! mais ce qui est facile, c'est de ne pas faire son devoir et de remplacer par de sublimes théories, qui ne coûtent pas beaucoup, un peu d'humble pratique qui coûterait davantage .. Oh ! certainement, il y a du vrai d'ailleurs dans ces m 11
théories,... et je n'ignore pas qu'une honnête femme doit être indulgente même pour les défaillances qui lui sont le plus étrangères;... mais encore faut-il quelque prétexte à cette indulgence... Ainsi, mon Dieu, qu'une femme se laisse ravir à l'attrait d'un grand mérite, d'un grand cœur, d'une intelligence supérieure, et qu'elle s'égare sur des hauteurs idéales pour se réveiller dans les abîmes... eh Lien! on ra, sinon l'excuser, au moins la plaindre... (Elle m i^e Bts'approeke «le lui. ) Mais, voyons, monsieur d'Arnaud, il y a vraiment des chutes que rien ne justifie... Je ne voudrais pas faire une allusion indiscrète à la mémoire de ma malheureuse parente, mais enfin succomber comme elle aux minces séductions d'un homme qui fait métier des aventures de ce genre, de ce qu'on appelle un homme à bonnes fortunes... profession qui n'exige ni les hautes qualités de l'esprit ni celles du cœur, et qui semble même les exclure;... s'enivrer de cet encens vulgaire qui fume indifféremment devant toutes les idoles de coulisse ou de boudoir, laisser tomber ses devoirs, sa foi, son honneur, aux pieds d'un vainqueur banal, voilà en vérité ce que je ne puis, quant à moi, ni comprendre ni pardonner, et je suis sûre, monsieur, qu'au fond vous êtes un peu de mon avis.
RAOUL, avec une courtoisie railleuse.
Moi, madame ?... Pas le moins du monde!... Si j'étais de votre avis, je croirais manquer de respect à votre sexe, estimer trop peu sa vertu et son bon goût... et je me ligure que, si les hommes à bonnes fortunes obtiennent tant de . c'e>l que peut-être ils les méritent... (Geste «le la comtesse.) c'est qu'ils unissent généralement toutes les distinction.- du cœur à toutes celles de l'intelligence.
LA COMT]
Ah ! grand Dieu !
RAOUL
Mais, madame, c'est évident... Ainsi vous sembla croire
qu'ils manquent de ca-ur; je penserais, moi, au contraire,