‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 153 sur 305 · SCÈNE HUITIÈME fSo · texte numérisé non relu

SCÈNE HUITIÈME fSo

LA COMTESSE, toujours au fond.

Comment, monsieur?

RAOUL

Me permettez-vous de hasarder un timide conseil?

LA COMTESSE, préoccupée.

Un conseil ? Quel conseil ?

RAOUL

Si vous remplaciez votre fleur d'iris par une autre fleur qui ne fût pas violette?

LA COMTESSE

Mais comme quoi ?

RAOUL

Il y a, par exemple, une fleur qui fait assez bon effet en tapisserie, et qui sortirait très bien de ces grands feuillages à la place de cet iris... Je ne sais si vous la connaisse/, madame : c'est la fleur du gloxinia.

LA COMTESSE, au fond.

Du gloxinia?... Oui certainement... c'est même très joli.

RAOUL, touchant des éclieveaux de soie suspendus au métier.

Et il me semble voir, madame, dans vos soies toutes les nuances nécessaires pour le gloxinia... rose... et rouge... solferino, je crois ?

LA COMTESSE

C'est juste !... mais ce n'est que reculer la difficulté... car il faudrait envoyer mon tapis à Paris pour y faire dessiner celte fleur... Ainsi...

R\OUL

Oh! mon Dieu, madame, rien n'est plus simple... Si vous avez un crayon... En voici un justement... (n s'approche de in console, puis s'arrête.) Vous permettez, madame ?

LA COMTESSE

Vraiment, monsieur, je ne sais si... (eue hésite.) Cependant, il s'agit d'une bonne œuvre... (eiig m présente le crayon.) Mais vous auriez probablement besoin d'un modèle?

Pas du tout, madame... Je vais très bien dessiner de mémoire...

Il -'assoit devant le métier et commence a dessiner.

LA COMTESSE, allant s'asseoir près de la table, à gauche et prenant un livre.

Ah! tant mieux! car je n'ai pas un seul gloxinia dans ma serre... C'est un désespoir pour moi... Mais je ne sais comment s'y prend mon jardinier... il ne peut pas m'en conserver un...

RAOUL, continuant son travail.

Cependant, madame, le gloxinia n'est pas une plante délicate;... c'est un tubercule... il faut le traiter en conséquence... le tenir parfaitement sec pendant l'hiver...

LA COMTESSE

L'arroser au printemps ?

RAOUL

Oh! grand Dieu ! non, madame, non!... le bassiner très légèrement depuis la pousse jusqu'à la floraison, et, à la floraison seulement, l'arroser à pleine eau, puis ne pas n>:-li-er de brouiller les carreaux de la serre devant la plante... Avec cette simple méthode, madame, vous aurez une collection de gloxinias quand vous le voudrez...

LA COMTESSE, se levant et se rapprochant du métier.

Eh bien ! je vous suis réellement reconnaissante, car j'adore ces fleurs... J'ai toujours pensé, du reste, que mon jardinier arrosait trop... C'est sa manie.

RAOUL

Où je mets des ombres, madame, c'est solférino.

Page 1