‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 155 sur 305 · SCÈNE HUITIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE HUITIÈME

RAOUL

Madame !

LA COMTESSE

Mais mademoiselle de Themines n'est pas seule ;... sa pre'sence chez moi y entraînerait nécessairement la présence de son père, ses fréquentes visites du moins... Eh bien, monsieur, soyez juste, n'y aurait-il pas là, pour la conscience la plus généreuse, la plus libérale, un excès de tolérance vraiment blessant... impossible ?

RAOUL, douloureusement.

Ah! cette penséejie m'était pas venue... Oui, madame, vous pouvez avoir raison... Je vous suis reconnaissant de votre bonté... Je me retire... Adieu.

LÀ COMTESSE

Adieu.

RAOUL, revenant brusquement et parlant arec feu.

Eh bien! madame, laissez-moi vous prouver que ces mauvais cœurs que nous sommes peuvent avoir le courage du sacrifice... des plus durs sacrifices !... Prenez ma fille, puisque vous le voulez bien, et je m'engage sur ma parole à ne jamais la revoir tant qu'elle sera à votre foyer !... Je m'en irai... je partirai... Qu'elle soit heureuse et honorée... c'est tout ce que je demande !

LA COMTESSE, un peu étonnée, après un silence.

A cette condition, monsieur, comptez sur mon dévouement. J'irai chercher mademoiselle de Themines dès que vous m'y autoriserez.

RAOUL, avec agitation.

Je vais ce soir morne l'avertir, madame, la préparer...

(il fait quelques pas, puis s'arrête.) Ail ! tenez, j'aime mieUX ne pas

la revoir... j'aurais peur de faiblir... Je préfère lui écrire... Vous voudrez bien lui remettre ma lettre ?

LA COMTESSE

Oui, monsieur.

Elle lui montre ce qu'il faut pour écrire. RAOUL \

Oh! deux lignes seulement! (n éem.) « Ma chère petite mignonne ! » — Elle est charmante, vous verrez ! — « Je suis forcé de te quitter. Je pars... peut-être pour longtemps. Une parente, nne amie de ta mère veut bien te recevoir dans sa famille. Tu trouveras près d'elle l'affection de la sœur la plus tendre... » N'est-ce pas, vous l'aimerez bien ? •

LA COMTESSE, ('mue.

Oui.

RAOUL, avec une émotion croissante.

« Écris-moi quelquefois, ma chère petite. N'oublie pas ton pauvre père qui t'abandonne... et qui te chérit !... »

(Des larmes coulent sur ses joues, i! porte son mouchoir a «es yeux et étouffe un sanglot; puis il plie la lettre et la remet à la comtesse.) Pardon !...

Merci, madame, et adieu !...

11 va pour sortir. LA COMTESSE.

Monsieur de Morière, le monde dira ce qu'il voudra ; mais vous faites bravement votre devoir.... je ferai le mien de même... Allez me chercher votre fille !

Elle déchire la lettre.

RAOUL

Quoi ! VOUS... ? Ah ! madame ! (il s'incline, et lui baisent la main arec une profonde émotion.) VOUS êtes excellent'- !

* Raoul, assifl dorant la table, à gauche; la comtesse, debout, à droite.

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