‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 16 sur 305 · ACTE PREMTEU · texte numérisé non relu

ACTE PREMTEU

qu'un viaduc, qu'un pont en tôle, qu'un poteau de télégraphe, qu'une belle halle, qu'un bel abattoir même... mais il me semble qu'on pourrait conserver, rà et là, quelques vieux arbres, quelques vieilles églises, quelques vieux châteaux... et que ça ne ferait pas mal dans le paysage !

LOUISE

Mon Dieu ! monsieur, je vous avoue que les choses qui ne servent à rien et les gens qui ne font rien ne me touchent guère !

Ah ! je vous demande encore dix millions de pardons, mademoiselle ; mais voyons, vous figurez-vous que l'homme vive uniquement... de thé et de tartines?... Ne pensez-vous pas qu'il lui faut quelque chose de plus ?

GEORGES, riant.

L'idéal ! l'idéal ! Dis-le, va !

Eh bien ! parfaitement, l'idéal !

GEORGES

C'est ça ! le voilà !

LOUISE

Qu'est-ce que c'est que l'idéal ?

GEORGES

Ma chère, en langue vulgaire, c'est l'inutile !

DIDIER

Parfaitement encore! j'accepte ta définition! L'idéal, c'est l'inutile !... ce qui ne se mange pas... les fleurs, par exemple! car, suivant vous... la nature s'est trompée... elle n'aurait dû faire que des légumes... elle a fait des fleurs... elle a eu tort, c'est bien ! Mais je pense, moi, que vous dédaignez trop ce superflu... et qu'en détruisant radicalement partout l'esprit, la poésie du passé, au lieu de

lui faire une place au milieu des grandeurs du génie modei no... vous de'passez I»' but... e1 que votre société n'en sera ni meilleure ni plus heureuse ! ùiœi !

GEO l! 6 ES.

La poésie du passé! Ah çà ! voyons donc, bourgeois que tu es... car lu es un bourgeois comme moi, mou cher, el tu l'oublies trop... la poésie du passé, sais-tu bien ce que c'esl ? Mi ! si lu la voyais comme tes pères l'ont vue, et comme je la vois encore tous les jours, moi, non pas à l'étal de souvenir, mais debout, vivante, militante et oppressive ! Tiens !... elle est à deux pas... car nous sommes ici, mon cher, sur les limites extrêmes de la civilisation... Là, derrière ces l><>i>. commence la Cornouaille, un pays de montagnes où palpite encore un reste de cette vieille Bretagne que lu regrettes, avec ses mœurs, ses costumes, ses danses, ses chants, tous ses prestiges... mais aussi avec ses superstitions, ><>u ignorance, ses paysans sauvages, sa noblesse insolente ! Ah ! si depuis soixante

.m-, toi et h'- tiens, vous Luttiez, com nous autres, pied

à pied, contre h'- préjugés, l'opiniâtreté ri, L'arrogance aveugle de ce passé... lu ne rappellerais plus ni la poésie, m l'idéal, lu lui donnerais son vrai nom: la barbarie!

Ah ! Laisse donc !

GEORGES, poursuivant avec feu.

El alors, tu oublierais vii<' tes rêveries «le dilettante et d'artiste... lu redeviendrais Jacques Bonhomme, comme ton père! el indigné comme nous, outragé, entravé dans tous tes efforts vers h- bien el vers l'avenir, lu n'aurais plus qu'un rêve... attaquer ce passé dans ses dernières retraites, mettre la hache dans ces vieux huis pour y faire entrer I" soleil, et L'asseoir eu maître dans le château qui ouronne !... i • château de l,i Belle au bois dormant, comme nous L'appelons.

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