ACTE PREMIER
du même métal, tous deux... Comme moi, elle ne connaît qu'un plaisir et qu'un Dieu : le travail !... Elle n'a jamais lu qu'un seul poète... qu'elle sait par cœur... le vieux et rude Corneille... Aussi, ce n'est pas une femme brillante, comme on dit... mais c'est un cœur he'roïque... et une tête solide, va!... Sais-tu ce qu'elle a fait, cette enfant-là?... Quand mon père succomba... sur son champ de bataille... broyé par une de ces terribles machines qui étaient l'œuvre de songénie... j'étais, moi, à quinze cents lieues de France... Je n'appris sa mort, lu t'en >ouviens, qu'au bout de quatre mois... Juste à ce moment-là, il y avait dan- notre industrie une crise effrayante... Mon père vivant, malgré tousses efforts, notre se soutenait à grand'peine... lui mort, tout devait être perdu mille fois, et quand j'arrivai ici, je m'attendais à trouver non seulement le deuil, mais la ruine... (Avec une énergie .■mue ) Eh bien!... cette enfant... elle avait pris la direction de tout, inspiré la confiance à tous... elle avait travailléjoùr et nuit... elle avait !... Je ne sais ce qu'elle avait fait... mais elle avail toul sauvé, la fortune et l'honneur ! voilà ! Aussi je l'aime, vois-tu... Ah ! nous sommes là deux orphelins qui nous aimons fièrement .'
Brave (il
m ni EH, émo.
SCÈAE YII
Les Mêmes LOUISE.
LOUISE, entrant.
Voilà le thé.
Pierre apporte un plateau sur lequel se trouve tout ce qu'il faut pour prendre le thé, et dépose le plateau -ur un guéridon.
GEORGES
Ah! très bien!,., veux-tu t'asseoir. Didier?. .t Lottisâ v.
16 LA BELLE Al BOIS DORMANT
Hou- Servir, ent au'onr fie la lahle, Louise au milieu*.) Ail çà!
mais tu ne me dis rien de ton voyage?... El notre vieille Bretagne, répond-elle à tes espérances?
Louise =ert le Uié.
DIDIER
Parfaitement, mon ami... On croit être en Belgique!... c'esl délicieux '
Comment cela ?
DIDIER
Sans doute... partout dans la campagne des usines... des tunnels... des déblais el des remblais; dans les villes, de petits temples grecs servant de mairie, de tribunal ou <1«; prison... sur les chemins des cantonniers, en chapeau ciré, qui cassentdes pierres druidiques pour faire du macadam... voilà tout ce que j'ai vu en Bretagne, moi !... Au reste, mon cher, dans cinquante ans, grâce à vous, on n'aura plus besoin de voyager... on n'aura qu'cà contempler, en fait de monuments, la Bourse, en l'ait de montagne, Montmartre, en fait de vallée, la plaine Saint-Denis, el on aura fart !«• tour du monde... Ah ! le niveau du progrès !. . Tiens, mon
ami. ton progrès, plus je vais... (il s'arrête brusquement et salue
Louise.) Ah! pardon, mademoiselle!... pardon, j'oubliais...
G BORGES, riant.
Non ! va ! ne te gêne pas ! je l'ai prévenue !... va !
DIDl ER.
Mademoiselle, je vous supplie de croire que je suis de mon temps; que j'en sais apprécier les bienfaits; que j'aime autant qu'un autre à voir mi - semblables ne pas mourir de faim... de plus, je sais admirer les merveilles de l'industrie modem •... Mnsi certainement c'esl on bel objet
■ Didier, Lou -