ACTE PREMIER
à mesure que tu te gênes moins... tu es vraiment trop distrait.
DE CAMBRE
Elle souffre, mon ami, elle souffre... sans cloute elle souffre! Toutes les femmes souffrent, tu sais... C'est leur profession... (ri s'assoit.) C'est leur prétention, du moins... et les plus parfaites n'échappent pas à ce travers;... mais franchement, si Julie n'était pas heureuse dans sa situation, il faudrait y renoncer. Ma conscience à cet égard est parfaitement tranquille... J'ai travaillé quinze ans de ma vie pour tripler ma fortune et contenter ses goûts, les miens aussi, c'est vrai... mais enfin... Julie, comme toutes les femmes, aimait violemment le luxe, les fêtes, les spectacles, les chevaux, les diamants... elle a tout cela... elle en regorge... elle en a plus qu'elle n'en peut porter... C'est apparemment ce qui la fait souffrir!
TL'RGY.
Les femmes aiment tout cela, c'est vrai, mon cher, mais il y a quelque chose qu'elles aiment encore davantage.
DE CAMBRE
Eh! quoi donc?
TURC. Y, très simplement.
C'est qu'on les aime.
DE CAMBRE
Oui... oui... avec une guitare. C'est très bien.
TURGY
Ah! tiens! Maurice, écoute, il faut que je te dise toute ma pensée... Tu n'estimes pas assez ta femme. Des spectacles, des chevaux, des diamants, on paye ses maîtresses avec cela, on ne paye pas sa femme. Une honnête femme, une femme à qui tu confies ton nom, tes enfants, ton honneur, qui reste à travers toutes les corruptions du monde la gardienne fidèle de toutes ces choses sacrées, qui
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chaque soir et chaque matin te les rend sans tache comme elle les a reçues, qui enchaîne éternellement à ton foyer le charme, la dignité, le respect... celle femme-là, tu veux la payer! Aime-la!
DE CAMI3HE.
Eh! sans doute!
TUHGY.
Aime-la! car enfin, tu n'en as pas fait une statue, je pense. Tu ne lui as pas enlevé le cœur de la poitrine... Eh bien! ce cœur, il faut qu'il vive pourtant. La meilleure... la plus parfaite des femmes, soit! mais la meilleure comme la pire... et c'est leur gloire... se passera de luxe, de fêtes, de diamants... de pain, s'il le faut... plutôt que d'amour!
DE CAMBRE
Mais, malheureux enfant, si tu portes ces idées-là dans ton ménage, tu perdras ta femme, je t'assure. Un mari qui parle d'amour à sa femme, c'est exactement comme s'il lui lisait de mauvais livres.
TURGY
Crois-tu?... Eh Lien! tu es trop heureux, voilà tout. La prospérité' n'est pas saine à la longue. Je t'ai connu le cirur le plus haut... et si jamais, — ce qu'à Dieu ne plaise! — le malheur te touchait, tu saurais qu'il peut y avoir entre deux êtres humains d'autres amours que ceux dont tu parles à tes maîtresses.
DE CAMBRE, Fèchement. Il s" lève.
Enfin... décidément... quoi? Est-ce un message que tu un' transmets? J'ai peine à le croire. Car ma femme, à toutes ses autres qualités, joint en général beaucoup de 1m ,n goût, et elle n'en ferait pas preuve si, après plus de quinze ans de mariage, avec deux enfants grands comme elle, elle prenait tout à coup d.-s attitudes d'Ariane sur son rorher.