‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 205 sur 305 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SERTORIUS, assis dans un gran.l fauteuil près de la fenêtre, à gauche ; MARTHE, travaillant prè> de lui, as = i-e *ur un petit tabouret.

SERTÔRIUS*.

Tu ne dis rien, ma fille.

MARTHE

Xon. J'ai peur de vous troubler. Vous avez fair si heureux! L'enfant qui dort dans son berceau n'a pas fair plus heureux que vous, mon père... La belle soire'e, n'est-ce pas, et le ravissant tableau!

Oui, c'est vrai, ma fille. N'ai-je pas bien fait d'acque'rir

* Sertorius, Marthe, Gerlrude appuyée, au lever du rideau, sur un meuble à droite; elle sort aussitôt.

262 DÀLILA

cette maisonnette, sur les ruines de la villa de Lucullus? C'est ici que le païen délicat avait dédié son temple à la Fortune! et moi aussi je dédie du fond du cœur mon temple .1 l,i Fortunel Gomment veux-tu que je ne sois pas heureux?... J'ai soixante ans, et j'ai la santé d'un athlète... Tu es à mes côtés, mon enfant, el j'ai devant moi le plus beau site du monde: Naples el son golfe radieux, Misène, Sorrente et le Vésuve.!. Ges noms et ces souvenirs, éclairés par 1rs feux du couchant, charment mes yeux et ma pensée!... Comment ne remercierais-je pas humblement le Dieu de bonté qui m'a fait ces loisirs et cette belle vieillesse?

II ?o Lève cl semble remercier le ciel. MARTHE, ?e levant.

Et puis, vous êtes un grand artiste, mon père!... cela vaut bien aussi un remerciement.

SERTORIDS, descendant \

Ûh! Marthe, je t'en prie, n'accola jamais à mon nom ce titre banal d'artiste... tu sais combien je le hais et combien je I" méprise... Toutefois, puisque lu en parles, je ne le nierai pas... Oui, j'aurais pu être un grand artiste... j'avais reçu quelques dons... Le dieu de l'harmonie avait semblé sourire à ma naissance... mais cette malheureuse timidité qui m'a toujours paralysé devant le public... tu sais?... Enfin ! le vieux Sertorius n'est rien qu'un pauvre professeur de contre-point, voué pour jamais à l'obscurité et au dédain.

11 s'assied à droite.

M \UTIIE.

Au dédain!... Ali! mon père!... J'ai entendu dire vingt fois au chevalier Carnioli qu'il vous considère comme le plus fort violoncelliste et le premier compositeur de notre temps]

■ Marthe Sertoriui

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