ACTE TROISIÈME
GARNIOLI, s'époussetant avec, son mouchoir.
Par la fenêtre. Ta maîtresse, à ce qu'il parait, m'a consigne' à la porte : pre'caution fantasque et très superflue vis-à-vis d'un homme qui revient d'Espagne ! Je ne fais autre chose depuis huit mois, Marietta, que d'escalader des balcons comme un lierre!... Or çà, Marietta, e'coute et réponds... Mais auparavant, tiens, voici quelques médailles espagnoles que je te rapporte, connaissant ton goût pour les curiosite's... Ajoute ceci à ta collection... Tu ris, fine mouche! allons, tant mieux! Tu es toujours bien ici, eh?
MARIETTA
Très bien, monseigneur. La place est bonne; cependant il y en a une meilleure, que j'ai toujours rêvée... et si monseigneur voulait m'aider à l'obtenir.. .
GARNIOLI.
Quelle place, Marietta?
MARIETTA
Une place d'institutrice dans quelque grande famille anglaise...
GARNIOLI.
Bah! et à quoi cela te mènerait-il ?
MARIETTA, avec conviction.
Monseigneur, j'e'pouserais le fils.
CARNIOLI.
Tu e'pouserais le lils?... Marietta, tu as emprunté à ta maîtresse une manière de plaisanter qui donne le frisson... Au surplus, soit! j'y songerai... J'aime tellement les Anglais, que je ne serai pas fâché que tu en épouses un. (se levant.) Mais venons à mes affaires... Tu sais, ou je t'apprends que je porte un intérêt particulier au jeune et célèbre maestro qui est, depuis huit mois, l'hôte et le commensal de ta belle maîtresse.
:^t, MALI LA
MA1UETÏA.
C'est un bon jeune homme, Excellence.
CARNIOLI.
Soit, mais ce bon jeune homme, qui me doit tout, ne m'a pas e'crit une seule fois depuis mon de'part... Peu m'importerait sa négligence, si je pouvais l'attribuer à ses occupations artistiques; mais il parait qu'il ne fait rien, pourquoi? que se passe-t-il donc ici? quelle est la situation? et d'abord, où sonl-ils tous deux en ce moment?
MAT. 1 ETTA.
Ils dînent, monseigneur.
CARNIOLI*.
Bien... Et ceci est le boudoir du maestro? Qu'y venaistu faire, toi? Aucun détail n'est inutile... Voyons, qu'y venais-tu faire?
MAKIETTA.
Je venais, par ordre de madame, pendant que le maestro n'y est pas, chercher ce vase, qui sera d'un bon effet, dit-elle, dans la niche du grand escalier. Hier, je suis venue chercher un guéridon que madame a eu la fantaisie de mettre dans son salon d'été... avant-hier je décrochais un tableau...
CARNIOLI.
Ah! c'est un déménagement, donc?
MARIETTA
Ma foi, monseigneur, je ne sais pas ce que c'est.
CARNIOLI.
Tu mens, Marietta, suivant ta funeste habitude. Tu sais ce que c'est, c'est la lin. Ta maîtresse démolit aujourd'hui l'édilice qu'élevaient hier ses mains amoureuses... Et que dit le maestro de ce procédé?
* Murietla, Carnioli.
là,