ACTE TROISIEME
ROSWEïN, chantant, debout, >an? accompagnement.
C'est l'heure où la nuit Sur la fleur brisée Verse la rosée Qui tombe sans bruit.
Mon âme blessée Demande à vos yeux...
Sïnterrompant, à part, en ?e frappant la poitrine.
Ah! qu'est-ce que j'ai donc là? (n repren.i raîr.) Qu'en pensezvous ? est-elle bien, cette phrase ?
LE ON OR A
Pas trop.
ROSWE1N.
Vous avez de l'humeur, Leonora.
LEONORA
Vous me demandez mon avis, je vous le donne ; mais il faudrait toujours vous flatter pour vous plaire.
ROSWEIN.
11 faudrait, dès que j'ai une lueur de courage, ne pas l'éteindre d'un revers de main, voilà tout.
LEONORA
Eh ! mon Dieu ! si vous la trouvez charmante, cette phrase, gardez-la!
ROSWEIN.
Non ! elle ne vaut rien ! vous avez raison.
Il jette la musique et ferme le piano avec violence. LEONORA.
Ah ! vous y renoncez? eh bien, là, entre nous, vous faites bien, vous n'êtes pas en verve ce soir!
ROSWEIN, amèrement.
Ni ce soir, ni jamais! mon talent est mort! toutes les ' cordes de mon cerveau sont flétries, desséchées, comme si
la flamme y avait passé ! Ah! vous ne me l'apprenez pas, allei .'..: mes nuits tans sommeil me Tout assez répété! Oh Dieu! en -i peu de temps un tel changement! Hier la jeunesse, la poésie, L'espérance, tous les dons du ciel! aujourd'hui le silence, le vide, le froid de la tombe... voilà mon àme !... voilà votre œuvre, Leonora !
LEONOBA.
Mon œuvre... à moi !
ROSWEIN.
Oui. à vous qui avez use' sans trêve, san< pitié', dans des luttes stériles, dans de mise'rables agitations, dans de mesquines douleurs, toutes les forces de mon esprit ! Voyons ! quel a été votre dessein, dites?... quel gageure barbare avez-vous faite"? à qui avez-vous juré de torturer jusqu'à l'épuisement, jusqu'à la dégradation une créature de Dieu? Eh bien, votre tâche est accomplie, soyez heureuse!
LEONORA, froidement.
Délicieux intérieur !
Il 0 sWElN.
Allons, laissez-moi ! allez à ce concert, et dites à ce jeune homme, à ce chanteur, qu'il peut se dispenser de venir mendier un rôle à ma porte... que ma tête est désormais aussi pauvre, aussi nulle que la sienne !,.. Allez !...
LEONORA
Ah rà ! qu'est-ce que cela veut dire? Vous figurez-vous par hasard que je soi< éprise de ce comédien ?
Tout le monde le dit à Naples !
LEONORA
Eh bien ! c'est parfaitement vrai, je l'adore.
ROSWEIN.
Ah ! de L'raee, Leonora... je ne BUifl plus de force à sup-
porter cela... Aimez qui vous voudrez! diles un mot, et je m'en irai, si vous n'avez pas la patience d'attendre qu'on m'emporte !
LEONORA
Comme c'est gai, ceci!... je vous dirai, Roswein, qu'il n'y a pas plus de courage que de bon goût à prendre ainsi à tout propos, devant les dames, des attitudes d'agonisant. Dites-moi donc le nom de votre maladie, je vous prie !
ROSWEIN, lui jetant son mouchoir plein de <an<r.
Tenez !
LEONORA
Qu'est-ce que cela prouve ? Tous les artistes crachent le sang !
ROSWEIN.
Ah ! vous êtes une malheureuse !
Il éclate en sanglots et va se jeter sur le canapé à droite. LEONORA, se levant et faisant quelques pas vers lui.
Je n'aime pas les hommes qui pleurent, bonsoir !
F.lle =ort à droite.