‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 271 sur 305 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

CARNIOLI.

Non? Eh bien, je suis fâche' de te le dire, mon garçon, mais lu es un...

ROSWEIN.

Un lâche!... c'est entendu! mais ne le répétez pas, croyez-moi... Vous avez été mon bienfaiteur, Carnioli, et je m'en suis souvenu... mais c'est assez!... Un outrage de plus sur vos lèvres, ma main sur votre visage !

CARNIOLI, froidement, après une pause.

Mon cher, tu seras cause que je terminerai mes jours dans un couvent, toi, vois-tu?... Ah! cette femme! Comment ai-je pu oublier qu'il a suffi en tout temps d'un de ces fragiles écueils pour briser toute force humaine!... Un enfant le sait!... Omphale, Circé, Dalila, ces noms de magiciennes qui flamboient comme des phares dans la tradition du monde, comment ne m'ont-ils pas éclairés'... Ah! mais, tout n'est pas fini... elle n'aura pas le dernier mot !... Je l'arracherai de son repaire! Dieu merci, je n'ai que deux paroles à te dire, et tu me suivras!...

ROSWEIN, s'asseyant.

Jamais!

CARNIOLI.

Tu me suivras, s'il te reste un lambeau de cœur dans la poitrine... Ah! j'aurais voulu te préparer à ce coup, mais il n'est plus temps! Ecoute donc : je les ai vus... tous

deUX... il y a trois jours! (Mouvement contenu de Roswein qui écoule

comme malgré lui.) Il y a trois jours, oui ! j'étais en Sicile... quelques affaires, peu importe... c'était près d'une villa que j'ai entre Palerme et Monréale, dans un vallon abrité contre les vents de la mer et où viennent se réfugier les santés détruites.

ROSWEIN, se levant.

Carnioli !

CABNIQLI,

Je me promenais là, au déclin du jour, triste, je ne sais pourquoi! Tout à coup, comme j'approchais d'une maisonnette cache'e dans les arbres, j'entendis s'élever du fond d'un jardin, des sons... Je reconnus l'archet, je reconnus la main!... Cela me lit mal. Un instant, j'eus l'ide'e de fuir, mais je ne sais quel sentiment m'attirait malgré moi jusqu'au fond de cet abîme d'amertume au bord duquel le hasard m'avait amené.

ROSWEIX.

Le hasard, Carnioli?

CARXIOLI.

Comme tu voudras!... La porte e'tait ouverte... j'entrai sans bruit dans ce jardin et j'aperçus derrière le feuillage un groupe de trois personnes... Une d'elles m'était inconnue, mais je compris que c'était un médecin... Quant aux deux autres, je les connaissais... Le vieillard me parut changé... les traits de la jeune fille étaient à peine altérés, mais sa pâleur, son attitude... son regard étincelant... Je vis que le médecin venait pour elle... Comme j'arrivais, le vieillard déposa son archet... L'enfant parut s'endormir... ses lèvres entr'ouvertes murmurèrent quelques mots, j'entendis ton nom!

Eh bien... achevez... achevez! je vous écoute!

CARNIOLI.

C'était comme un délire ; elle répétait tes paroles d'amour, puis elle priait son père, elle priait son Dieu de le pardonner!...

Marthe! Marthe!

CARXIOLI.

Pendant ce temps... ah! je vivrai dix mille ans, je n'uu-

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