ACTE PREMIER
LE MARQUIS, légèrement décontenamV-.
Sans doute... je suis venu en toilette du matin... en chasseur... en voisin... ne m'attendait pas à la grâce que vous me faites, mademoiselle !
LOUISE
Si vous voulez vous asseoir, monsieur ?
LE MARQUIS
Mademoiselle! fn s'assoit.) Hem!
LOUISE
Mon frère est à la ville, monsieur, mais je sais qu'il se propose de se présenter chez vous dans la journée et de vous demander un moment d'entretien.
LE MARQUIS, aveo un l«'-<rer a^ent 'le hauteur et .l'ironie.
Il me fera le plus grand plaisir, mademoiselle, car je serai enchante' d'apprendre de lui en vertu de quelle singularité' il s'est appliqué, depuis quelque temps, à collectionner tous les billets signés de ma main.
LOUISE
Mon Dieu, monsieur le marquis, quand on fait des billets, on doit s'attendre qu'ils seront ne'gocie's... Et les vôtres ne sont pas tellement recherchés surplace, qu'on ne puisse s'en procurer, quand on y tient.
Si mes billets ne sont pas recherche's sur la place, j'en suis sincèrement surpris, mademoiselle, car ils portent le nom d'un homme qui n'a jamais manqué à sa parole.
LOUISE
Sans doute, monsieur. Mais à l'impossible nul n'est tenu.
LE MARQUIS
Oserai-je vous demander, mademoiselle, le sens de l'énigme que vous daignez me proposer sous cette formule ?
LOUISE
Je veux dire, monsieur, qu'avec la meilleure volonté du monde de tenir vos engagements, vous pourriez bien finir par y manquer, malgré vous ; car enfin votre propriété de Guy-Chàlel vaut, je crois, cinq à six cent mille francs... ! isl hypothéquée pour les deux tiers... vous avez fait illets pour l'autre tiers, ou à peu près... Quant à votre propriété de Carhaix, elle a été vendue, je peu-'-, il y a trois mois?...
LE .M A ROUIS
Mademoiselle, vous paraissez 'Mie fort au courant de mes affaires d'intérêl !
LOUISE
Mieux que vous, j'en ai peur.
LE M ATI OUI-. ;i part.
Elle est extraordinaire ! (Haut) Enfin, mademoiselle,
pour ne pase'terniser un entretien qui, jusqu'ici, ne tourne mou avantage, auriez-vous la bonté de me laisser pressentir le- intentions de monsieur votre frère?
Il vou- les dira.
LE MARQUIS
S Qt-elles conciliantes .'
LOUISE
Mai- les moyens de conciliation oni été', je crois, épuisés, monsieur... Ainsi, mon frère vous avait proposé d'acheter v..- bois, l », donl il avait besoin...
LE MA RQU1 S, un peu
bois el mes étangs, simplement; oui... Mon Dieu, mademoiselle, que voulez-vous? Nous sommes pétris de préjugés el de faiblesses dans notre famille... ces bois renferment mil!" souvenirs qui nous sont chers <•! sacrés... Nom v a?ons même dans la chapelle quelques tombeaux