SCÈNE HUITIÈME
Mais encore?
•I E A N N E , de même, mais toujours saus violence.
Vous ne m'avez pas aimée, c'est tout... je ne sais ce qui m'attend, mais rien ne pourra me paraître plus cruel que cette glaciale et railleuse indifférence dont vous me désespériez.
SOLIS
C'est bien. — Ecoutez-moi. Je me suis dès longtemps fait une loi de tout prévoir dans la vie, le mal comme le Lien... le mal plus que le bien... Et tout en espérant du fond de mon Ame qu'une heure aussi douloureuse que celle-ci me serait à jamais épargnée, je n'ai pas voulu, si pourtant elle arrivait, qu'elle me trouvcàt sans une conduite prêle; car les résolutions prises dans de tels instants, ne sont le plus souvent ni celles de la raison, ni celles de l'honneur... Voici donc ce qui se passe : vous n'aimez pas voire mari, vous aimez M. de Néville. Vous avez cru pouvoir me donner voire vie, vous vous êtes trompée, elle appartient à un autre, qui de son côte' est prêt à vous dévouer la sienne. Si le divorce existait dans nos lois, il serait tout simple d'y recourir; mais au défaut de la loi nous pouvons substituer notre consentement mutuel. Le vôtre est acquis; je vous donne le mien. Nous n'avons pas d'enfants, c'est heureux; nos liens en seront plus faciles à dénouer. Dès ce moment donc vous êtes libre, et vous pouvez disposer de vous. — J'ajoute, vous en penserez ce qu'il vous plaira, que mon intention n'est pas de provoquer M. de Néville.
JEANNE, a demi voix.
Merci.
SOLIS
Je veux bien, même, si vous le désirez, vous remettre le soin de lui faire connaître nos déterminations, car un en-
tretieD entre nous, - il n'était pas dangereux, serait malséant.
JEANNE
Merci.
sOLIS.
... A moins, bien entendu, qu'il ne le réclame. — Je ne mets à tout ceci qu'une condition — - l encore est-ce plutôt un conseil que je vous donne. — Je serais heureux qu'il entrât dan^ vos combinaisons de vivre hors de France... Il y a beaucoup de raisons pour que nous évitions les uns et les autres d'habiter désormais le même pays... et si c'était moi qui dusse m'exiler, vous avouerez que cela ne serait pas juste. — Quant à votre fortune personnelle...
De grâce I...
50 LIS, froidement.
Est-ce que vous croyez que je vais la garder'?... Je regrette de vous fatiguer de ces détails; mais cela est ne'cessaire. Un hasard heureux veut que votre fortune consiste en valeurs mobilières qui peuvent être disponibles du jour au lendemain. Si voua voulez bien dans un moment passer chez moi, je vous remettrai tout ce qui est relatif à vos intérêts. Vous pourrez ensuite, si cela vous convient, prendre conseil de ceux qui doivent s'en occuper désormais. Rien de plus légitime. — Je vous attends.
Il tort k droit. ■.