SCÈNE ONZIÈME
Des outrages, non, hélas !... mais...
50 LIS, avec foroe.
Que vouliez-vous de moi? Ah!... je le savais, allez!... Vous vouliez, vous attendiez de votre mari les sentiments romanesques, les ivresses dramatiques, dont les conversations du monde, les livres, le théâtre remplissent et enflamment l'imagination des femmes... si bien qu'elles finissent par en faire le fond et le but même de l'existence ! Eh bien, non, cet amour-là je ne vous l'ai pas donne'... je m'en serais bien gardé... et je vais vous dire pourquoi d'un mot. C'est que le mariage n'est pas une aventure galante !... c'est qu'il vit et qu'il dure par des sentiments d'un autre ordre, par des e'motions plus vraies, plus saines et moins fugitives... C'est que je vous aimais comme ma femme, et non comme ma maîtresse !... Com-
Oui.
SOLIS
Il faut — cela est- certain!... qu'une honnête femme renonce aux joies... des autres ! On ne peut tout avoir!... Est-ce qu'il s'agit d'ailleurs de vous condamner à une vie d'austères devoirs, où votre rieur n'ait rien à dire, rien à entendre! de vous résigner à vivre sans nimer, sans être aimée?... Quoi! un homme vous choisit entre toutes pour vous confier son nom, son foyer, son honneur.,, il vous livre toute sa destinée, c'est par vous seule qu'il veut à jamais être heureux ou misérable, honoré ou flétri..., toutes les choses de son cœur et de son intelligence, les secrets de sa pensée, son courage, ses défaillances... tout vous appartient, si vous le voulez... Tout ce qu'il a de plus intime, de plus cher, de plus sacré, il le met dans vos faibles mains !... Et vous n'êtes pas aimées !... Il vous
faut autre chose!... Eh bien! vous l'avez trouve'... soyez heureuse !
Ah! ipie ne m'avez-vous parlé une fois, une seule fois, comme vous le faites !
son-.
Yin^'t fois, je l'ai essaye'... Vous n'avez pas voulu nVentendre... Ma fierté' s'est lassée. — Maigre' tout, Jeanne, ma dernière parole ne sera pas une parole de colère... Vous ('•tes une enfant qui brisez ma vie, mais que j'ai aimée... Eh bien, puissiez-vous ne pas reconnaître trop tôt tout ce quil y a de faux, d'égoïste, de fra^il^ dans les sentiments que vous avez préfe're's aux miens !
JEANNE, aveo une explosion de douleur.
Oh ! vous êtes déjà vengé, soyez tranquille !
SOLIS, aprè = l'avoir regardée aYM nn'^tonnement douloureux.
Alors, nous sommes bien malheureux tous deux. Adieu !
JEANNE, aT*c -léjespoir.
N'y a-t-il donc plus rien de possible, dites?
SOLIS, près de sortir, -•• retourne:
C'est vous quo j'en fais juge, Jeanne : vous êtes franche ot fière... Répondez ! — Si je vous ouvrais mes bras, quand je viens de vous voir dans ceux d'un autre, que penseriez-
VOUS de moi ? (Elle bai??e la tête et ne répond pas. VOUS avez jugé.
Adieu.
JEANNE, éperdument, tombant à genoux.
Eh bien ! soyez juge a votre tour!... vous savez fout. ...h' Buil bien coupable... mais si votre adieu veul dire jamais, a'eit-ce pai vraiment trop ".