‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 50 sur 305 · ACTE DEUXIEME Gl · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME Gl

telle qu'elle est, aucun homme peut-il se dire offense' parce qu'il est convie à la servir ?

LE MARQUIS, avec gravité, se levant.

Monsieur Morel, si j'envisageais du même œil que vous vos principes et votre cause, faites-moi l'honneur de penser qu'aucun regret personnel, aucune puérile rancune ne m'eussent empêche de m'y associer pour mon humble part. Quoique vivant dans la retraite, veuillez croire que je ne suis resté étranger ni à mon pays, ni à mon siècle, et que j'ai recherché sincèrement toutes les clartés qui pouvaient ni'enseigner mon devoir. Or. j'ai vu à l'œuvre votre société moderne, votre civilisation, votre progrès... j'ai pu les admirer souvent, les aimer, jamais! Je respecle vos théories, car elles sont généreuses; mais j'y vois, parmi d'éclatantes vérités, des illusions effrayantes... Quand votre science, votre activité, votre industrie couvrent la terre de prodiges... quand vous répandez partout la lumière et'le bienêtre, j'applaudis et je m'incline... mais vous ne vous en tenez pas là... et je me demande, pardonnez-le-moi, si vous n'enlevez pas aux hommes plus encore que vous ne leur donnez, si en effaçant beaucoup de misères et de hontes, vous ne détruisez pas du même coup d'irréparables consolations î — Je me demande enfin, lorsque vous brisez pêle-mêle toutes les servitudes de cette vieille société à laquelle j'ai le triste avantage d'appartenir, les servitudes qui attachaient le sujet au prince, le vassal au seigneur, le fils au père, l'homme à Dieu... je me demande si vous n'atteignez pas au cœur toute société humaine dans son lien le plus puissant, le plus nécessaire, le plus sacré, le respect!... La résignation et le respect ôlés de ce monde, vous aurez beau grandir la matière, vous ne la grandirez jamais assez pour combler dans le cœur de l'homme le vide mortel que vous y aurez fait ! — C'est pourquoi vos doctrines me paraissent funestes à ceux mêmes qu'elles prétendenl servir, et je les combattrai de ma parole et de

mon exemple tant que je vivrai !... et en repoussant vos services comme vous me les refusez, je crois faire mon devoir, comme vous faites le vôtie... Maintenant, donnezmoi Ce papier, je SUis prêt à le Signer. (Georges s'incline et lui remet la transaction.; Ainsi, dallS huit jours, monsieur, VOUS

entrez en possession de tout ce qui m'appartient... soit ! (n va pour ligner et sarrète. ) Monsieur Morel, avant de terminer, puis-je vous demander quelques instants de liberté?... je voudrais avoir un moment d'entretien avec ma sœur.

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