ACTE DEUXIEME
GEORGES
Monsieur le marquis, la transaction... comme vous le voyez... comprend le domaine tout entier !... Mais soit ! le château et les jardins peuvent en être distraits... et continuer de vous appartenir... J'y consens, mais à une condition.
LE MARQUIS
Une condition... laquelle, monsieur?
GEORGES
Vous voudrez bien agréer une proposition que je vous ai vainement adresse'e autrefois. Vous prendrez une part dans mon exploitation industrielle. Vous serez de fait et de nom mon associe' !
LE MARQUIS, Tivement.
Monsieur, est-ce une gageure ? Quel avantage trouvezvous à faire de moi votre associe' ?
L'avantage mate'riel, monsieur le marquis, serait peu de chose. L'avantage moral serait immense, et j'y attacherais un prix infini.
LE MARQUIS
Je n'ai pas le bonheur de vous comprendre, monsieur.
GEORGES
Monsieur le marquis, j'ai ma fierté' comme vous avez la vôtre... j'ai des principes qui me sont chers et une cause qui m'est sacre'e. Ce que vous me demandez, c'est un service... je le rendrai de grand cœur à un allié... jamais à un ennemi !...
LE MARQUIS
Prenez garde, monsieur ! votre proposition ainsi motive'e cesse d'être une e'nigme... elle devient une offense !
Ii s'assied dans le fauteuil.
GEORGES
Une offense, monsieur? Pourquoi donc ?... Parce que j'ambitionne l'honneur de vous rallier à la cause que je souliens ?... parce que j'estime si haut le nom, la dignité, ertus de votre famille que son exemple me parait capable d'entraîner tout ce pays, sans plus de résistance, dans la voie que je crois être celle du bien... et de la justice ? Permettez-moi de vous le demander, monsieur le marquis, n'avez-vous pas poussé jusqu'à ses extrêmes limites le point d'honneur qui pouvait sembler vous être imposé par votre nom, votre naissance... et ce point d'honneur à part, est-il possible que vous ne vous soyez pas dès Longtemps rendu, dans le secret de votre pensée, à une vérité qui me parait, à moi, l;i lumière même du soleil'?... C'est que ce monde ancien, dont vous avez voulu perpétuel jusqu'à la dernière heure les traditions les plus élevées, est à jamais enseveli dans le passe... C'est que vous ne pouvez plus rien [mur lui, ni vous, ni personne, et qu'il ne peut que vous ensevelir sous ses débris ! et si nous en sommes venus, nous autres, après l'heure du combat et de la passion, à juger avec un plein respect ce glorieux passé qui lut votre ouvrage... cl dont est faite l'histoire de notre ne pouvez-vous, avec la même justice, rendre boni. maLre à ce présent, qui es! unir.' œuvre... el à l'avenir, oui est notre espérance?... Dans ce présent, dans cet avenir, n'y a-t-il donc rien qui ne puisse apaiser les plus justes regrets, gagner les plus nobles esprits... séduire les l'u- grands cœurs?... Monsieur le marquis, j'en appelle à vous-même!... Combattre et détruire non seulement sur le sol de la patrie, mais d'un bout de la terre à l'autre, l'ignorance, l'avilissement, la misère et toute servitude humain»'... préparer à tous h à chacun, sous le ciel, un avenir de bien-être, de liberté, de grandeur, sans précédents dan- L'histoire du monde... voilà le but que nous poursuivons... tous tant que nous sommes: penseurs, savants, ouvriers, soldais... Voilà notre cause enfin!... h