ACTE TROISIÈME
avais promis, en effet, de ne jamais changer en querelle personnelle de simples conflits d'intérêts... Mais votre frère s'est chargé lui-même de modifier le caractère de nos relations... Que vous le sachiez ou non, il a bien voulu honorer ma sœur de son amour... Jusque-là, je n'avais rien à dire... Mais je l'ai surpris l'autre soir tenant à ma sœur un langage auquel les jeunes dames de famille ne sont pas habituées... Dès lors, ma liberté m'a été rendue... et j'en use, voilà tout!
LOUISE
Eh! sans doute, il aimait voire sœur... je le sais bien... car lorsqu'il m'a confié cet amour désespéré... j'ai vu, pour la première fois, des larmes sur son visage... et vous auriez été touché vous-même en voyant pleurer un homme d'un cœur si ferme!... Et il a fait encore pour votre sœur une chose qu'il n'avait faite de sa vie... il a menti!... il vous a trompé, vous, monsieur!...
LE MARQUIS
Moi!... Comment. . mademoiselle?...
LOUISE
Oui... quand il a acheté votre château... pour avoir un prétexte de vous le payer plus cher qu'il ne valait... pour sauver de la misère celle qu'il aimait... il vous a menti... il a inventé... je ne sais quoi!... une mine de fer qui n'a jamais existé... et dont vous avez reçu le prix!... et la fortune que votre sœur a portée en dot à sou couvent, elle la doit tout entière à ce généreux mensonge! Voilà son crime; tuez-le, maintenant!
C'est vrai, mademoiselle?
LOUISE
Si c'est vrai?
114 LA BELLE Al' BOIS DORMANT
LE MARQUIS
Mademoiselle, cette fortune vous sera rendue, ou j'y perdrai mon nom!... Mais, en attendant et sous le poids d'une telle dette, mon premier devoir serait de retirer à l'instant même ma provocation...