‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 112 sur 285 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

6ERTRUDE, PALMA \

PALM A s'appuie sur le fauteuil de Gertrude, lui prend la main et la regaide avec une douloureuse ten

GE ai R U DE.

Mon tils, vous avez à me parler; vous avez pris ma main comme vous la prenez lorsque quelque malheur s'abat sui

Pauvre mère! vous commenciez à vous plaire dan» ce pjv>. ; — vous aimiez cette retraite, vous y viviez tranquille.

GERTRUDE

.Nous allons la quitter, Johann, n'est-ce pas ?

le faut.

Palma, Gertrude.

lo'i PALM A

GERTRUDE

Qui donc nous y force '?

Ceux qui nous ont forcés de quitter Prague il y a sept ans. — Anvers il y a six ans, — puis Worms, — puis Francfort.

GERTRUDE

Ainsi vous les avez revus. Johann ?

PALMA

Tous deux, oui.

GERTRUDE

G'esl bien, mon enfant, nous partirons.

PALMA, avec désespoir.

Oh ! ma mère ! quand cette vie Bnira-t-elle ?

GERTRUDE. arec dignité.

Johann, pardonnez-moi !

PALMA

Pardonner ! à vous !

GERTRUDE, ^rarement.

Ayez pitié de moi, mon fils !

PALMA

Du pardon, de la pitié, pour vous, ma bonne mère ! Pour vous, sainte femme; pour vous que le ciel a privée de sa lumière, et qui n'avez eu que des prières et des larmes pour répondre à sa rigueur, pieuse victime ! Oh ! c'est à eux de me demander pardon et pitié!... (Mouvement de Gertrude.) Oh ! ne craigne z rien, ma mère... je ne manquerai pas au serment que je vous ai fait. . Je vous ai juré de répondre à leurs plus cruelles poursuites par le silence et le respect... Je vous ai juré de ne résistera aucune de leurs exigences, si injuste qu'elle pût être... Soyez tran-

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quille, ma mère. . ce serment, je le tiendrai, quoi qu'il m'en coûte d'amertume et d'affronts...

GERTRUDE, à genoux devant Palma.

Mon (ils, mon fils, pardonnez-moi !

PALMA, la relevant avec tendresse.

A genoui ! vous à genoux devant moi !

GERTRUDE, toujours grave et triste.

Ne vous ai-je pas dit, Johann, quoi qu'il vous arrive, quelque malheur qui vous accable, n'accusez que moi, mon fils, c'est moi seule qui en suis la cause,

Vous me l'avez «lit ; mais c'est impossible ; une raison, un devoir que j'ignore, vous a fait parler ainsi ! Vous ! vous coupable ! et de quoi, mon Dieu ! Comment espérezvous me tromper? Oh! vous qui parlez de pitié, c'en serait une grande, ma mère, que de me tout avouer !

GERTRUDE

Vous dites, mon enfant, que vous avez perdu à jamais le repos ?

PALMA

A jamais, grâce à ces homm» -^.

GERTRUDE

Que vous avez perdu le courage ?

PALMA

Le courage, oui.

GERTRUDE

Que vous avez perdu la confiance dans les hommes, et la foi en Dieu !

Hélas !

GERTRUDE

Eli bien! voulez-vous donc perdre plus encore, mon fils !

Plus encore !

GERTRUDE

Voulez-vous perdre le respect de votre mère *?

PALMA

Oh ! jamais ! jamais !

OERTRUDE.

Résignez-vous donc, mon enfant, je partirai quand vous voudrez.

PALMA. avec embarras.

Écoutez, nia mère, il pourrait y avoir une raison puissante qui m'engageât à demeurer quelque temps encore dans ce pays... Si cette raison existe ou non, je vous le dirai ce soir.

GERTRUDE

Vous avez un secret pour moi, Johann.

PALMA

Oui, même pour vous, il doit être cache', jusquà ce soir au moins.

GERTRUDE

La jeune dame du château d'Arnheim, la tille du baron, ne doit-elle pas venir tout a l'heure, pour que vous acheviez son portrait ?

PALMA

Elle doit venir, oui.

Elle est belle, dit-on.

Elle est belle.

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I , r. R I RUDE .

Je suis devenue si étrangère au monde, que j'ignore où il en est maintenant. De mon temps, c'était, un grand malheur, Johann, que d'élever ses yeux au-dessus de la condition où l'on était né.

Le monde n'a point change'... Voici la jeune baronne, ma mère...

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