‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 144 sur 285 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Au lever du rideau, un ehoeur de pèlerins chante au loin.

0 blanche païenne!

0 lune sereine,

Qu'aiment les amants,

Voici l'heure, ô reine,

Où ta main égrène

De purs diamants.

Verse nous, déesse profane, Des nuits plus douces que les jours :

f:<»uime à ton jeune amant, Diane, Verse-nous d'immortels amours.

C'est l'heure chrétienne,

Marie, ô gardienne

Des chastes ferveurs,

Où l'étoile reine

Apparaît soudaine

Aux pâtres rêveurs.

Comme le tien, douce patronne, Fais-nous un hymen éternel, Et ceins nos fronts de la couronne Qui pare ton front maternel.

Pendant ces couplet?, Justus et Ro-chen descendent le sentier de la colline. II? sont en costume de pèlerins. Le chant continue.

ROSCHEN

Vous êtes contrariant, Justus: j'aurais eu du plaisir à entendre de près les chants de ces pèlerins italiens, et vous m'avez emmenée tout justement comme ils vont commencer.

JUSTUS

D'abord, mademoiselle Roschen, je vous dirai que je n'aime pas la musique; et puis, ces Italiens et ces Italiennes, tout pèlerins qu'ils sont, chantent des choses que je pre'fère vous laisser ignorer.

r o s ch E N .

Et pourquoi, s'il vous plaît, monsieur Justus?

JUSTUS

Vous êtes une femme, Roschen, et je suis un homme.

ROSCHEN

Ensuite?

Ensuite, nous sommes fiancée : nous venons de faire à ?v'otre-Dame d'Arnheim le pèlerinage des liançailles, selon le vieil usajL'e du pays. Nous allons être mari et femme, enfin.

\< II. CINQUIÈME 2ii7

ROSCHBN.

Eh ].i

Ah mon Im-ti! ces femmes ne comprennent rien... Eh bien ! je lié veux pas que ma femme aime La musique, puisque je ne l'aime pas; Là.

ROSCHEX.

Chut!... laissez-moi écouter^., je suis lasse aussi bien...

et je VeUX m'aSSeoir im moment. [Elle s'assied put une pierre

■ le la colline. Chœnr dans le lointain.) C'est im hymne à

la Vierge de La chapelle. -I" suis fâchée qu'ils s'éloignent.

JITSTUS, qui a regardé à travers les barreaux.

Eh ! Seigneur! partons, Roschen, partons promptement'... Savez-vous où nous sommes ici?

ROSCHEX.

Eh bien, quoi ! où sommes-nous (loue ?

Ce mur, c'est le mur du cimetière d'Arnheim.

ROSCHEX, montant sur le tertre où est la couronne, et regardant à travers

rreanx.

Oh! qu'il esi joli! il est tout pleitl de roses d'avril! Est-ce que vous avez peur, monsieur Justus. Ces cimetières ii uris - :s ■ i • jardins des pauvres, comme dit ma .' Moi, j'ai peur dans Les grands caveaux sombres des r-lis.'S, mais ceux qui dorment là sous des roses ne me font pas peur.

JUSTUS, apercevant le bâton et la couronne.

Eh ! mais, descendez donc de cette pierre, malheureuse- C'est là qu'a été enterré ce matin ce meurtrier qu'on n'a pas voulu mettre en terre sainte.

ROSCHEN

Qui dune ?

JUSTUS

Ce scélérat, l'homme qui était à notre auberge dans la nuit du Vendredi-Saint

ROSCHEN

Et qui a été tué hier par ces méchants paysans...

Méchants ! Ils ont bien fait.

ROSCHEN

Ce pauvre homme avait Fair si malheureux !

JUSTUS

Si malheureux ! Ah î Seigneur ! voilà bien les femmes ! Chut!... Il me semble que j'ai entendu du bruit... un bruit de pas...

Il écoute au fond à droi'.e.

ROSCHEN, riant.

C'est quelque revenant qui se promène au clair de lune pour >e distraire.

JUSTUS, île plus en plus tremblant.

Que vous êtes enfant, Roschen! vous croyez aux revenants... je... je suis sur que vous y croyez... je... je veux bien, par égard pour votre faiblesse... m'en... m'en aller...

ROSCHEN, remaniant à droite.

Mais en effet... j'entends des pas... C'est une femme... voyez...

JUSTUS, au comble de l'émotion.

Ah ! mon Dieu ! une femme blanche. Venez, Roschen, et... ne craignez rien... je... je suis là... (u recule toujours jusqu'au fon.i.) Ah! mon Dieu !

Il se cacbe derrière un arbre.

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