‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 190 sur 285 · M TE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

M TE DEUXIÈME

KIi:i! ELI EU.

\ merveille, mon enfant... Ainsi, madame la clianoivous parla longtemps de moi?

De vous, monseigneur, et de tous ceux qui trompenl les femmes, en leur faisant croire qu'ils les aiment, et elle m'enseigna aussi le secret de n'être pas trompe'e; voilà pourquoi vous me voyez si tranquille avec vous.

RICHELIEU

Et ce secret?...

MARIE

C'esi de ne pas vous croire et de ne pas vous craindre.

RICHELIEU

Nous êtes ravissante, mon enfant.

MARIE

Je ne vous crois pas, monseigneur.

RICHELIEU, la menaçant.

Prenez garde!

MARIE

Monseigneur, je ne vous crains pas.

RICHELIEU

Vous avez tort, mademoiselle Marie, car j'ai ma vengeance toute prête. Vous me trompez, ou plutôl vous vous Irompez vous-même; je vais vous dire, moi, le secret qui fait que vous <*les si tranquille, c'est que vous avez la véritable, la seule sauvegarde d'une femme, c'est que vous aimez quelqu'un.

RICHELIEU

Et ce quelqu'un, pour ne pas le nommer, c'est le petit René!...

MARIE

René!

RICHELIEU

Natif d'Orléans, attaché à ma maison pendant quelques mois, maintenant guidon des gendarmes Dauphin; n'essayez pas de nier, mademoiselle Marie.

MARIE, simplement.

Je ne nie rien. C'est vrai, je l'aime, et vous avez raison, monsieur le duc, c'est pour cela que je n'ai pas peur de vous.

RICHELIEU

Mademoiselle Marie, je suis confus de vous avouer h. mon âge que vous me faites voyager dans un monde qui m'était inconnu : et cet amour, dites-moi, il ne date pas

d"iiier?

MARIE

Oh! non, monseigneur, je puis bien dire qu'il a mon âge. Monsieur René et moi, nous demeurions porte à porte à Orléans; tant que nous fûmes enfants, vous comprenez que nous ne nous doutions de rien; puis voilà qu'un beau jour, c'était dans un jardin comme ici, il me dit qu'il avait une confidence à me faire... Il me prit la main en tremblant... et comme il ne me disait rien, moi, je me mis à pleurer... nous n'en dîmes pas plus long; mon père arrivait, monsieur René se sauva; mais nous n'avions plus rien à nous apprendre, c'était convenu pour la vie.

Permettez-moi de regretter, mon enfant, que les fleurs de cette idylle se soient fanées dans le mauvais air d'un bal masqué.

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