ACTE DEUXIÈME
LA DUCHESSE
Le duc, sire? Entendons-nous bien : est-ce de monsieur d'Albuquerque que vous me parlez ?
LE ROI
Et quel autre appellerais-je ingrat?
Et SOn ingratitude Consiste... (Avec un peu de curiosité piquée.)
Voyons, sire ?
LE ROI
Mais à s'en aller répe'ter partout, avec sa feinte bonhomie, des propos e'tranges, où il vous affuble de je ne sais quels goûts campagnards et presque ridicules, de je ne sais quelle humeur de provinciale achevée, pour expliquer la prison où il vous retient.
LA DUCHESSE, à part.
Ah ! monsieur le duc ! monsieur le duc ! (Haut.) Et puis-je savoir, sire, quelle se'rieuse occupation a empêche' le duc de me recevoir à mon arrive'e ?
LE ROI, ironiquement.
Une fort se'rieuse, duchesse. Il passe une revue.
LA DUCHESSE
Ah ! il passe une revue ?
LE ROI
De mes gardes.
LA DUCHESSE
De vos gardes ? Où cela ?
LE ROI
A Alcala.
LA DUCHESSE
Ah ! Et quand reviendra-t-il ?
Mais demain, je présume. J'ai donc la conscience de ne lui faire aucun tort en vous demandant le sacrifice de quelques-uns de vos instants.
LA DUCHESSE
Autrement, Votre Majesté' ne se le pardonnerait jamais, n'est-ce pas ?
LE ROI
Me refusez-vous ?
LA DUCHESSE
Ce serait mal rentrer en cour que d'y de'buter par un acte de désobéissance envers Votre Majesté, (a part.) Ah ! monsieur le duc !
LE ROI
Belle duchesse...
En ce moment on entend des cris et une musique militaire sur la place du palais.
LA DUCHESSE
Qu'est-ce que cela, sire ?
LE ROI
Rien, madame ; quelques bohèmes qui passent. Depuis trois mois...
LA DUCHESSE
Mais, sire, c'est sur la place du palais.
LE ROI
Voyons, refusez-vous de m'écouter; quand depuis trois mois... trois siècles...
Mais en vérité, sire, c'est une aubade qu'on vous donne. Voyez donc...
LE ROI, allant à la fenêtre de droite, à part.
C'est insupportable. (Haut.) Voyons. Ah ! c'est un régiment