ACTE TROISIÈME
M<»i, pas du tout, et, si je vous disais d'user de cette faveur. cVsl pour vous-même.
Duc, je ne de'sire rien.
LE DUC
Et vous avez tort: un jeune homme de vingt ans doit toujours avoir l'air de désirer quelque chose. Tenez, moi, je faisais un rêve pour vous.
MEDIANA
Pour moi, duc?
LE DUC
Que voulez-vous? à mon âge, on n'a d'autre avenir que celui des gens que Ton aime. Je rêvais donc, au lieu de cette vie inactive, une laborieuse et brillante fortune. Je voulais, par exemple, que le roi vous attachât à l'ambassade de France, dont vous pourriez être le chef avant qu'il fût longtemps.
Mais cette ambassade part demain.
LE DUC
Sans doute.
MEDIANA
Merci, duc , vous vouliez pour moi plus que je ne souhaite et surtout plus que je ne me'rite.
LE DUC
Et si Von vous offrait cette place que vous ne voulez pas demander, je comprends cela?
média: na. Je refuserais.
LE DUC
Je comprends. Votre esprit aventureux, n'est-ce pas '? préfe'rerait les voyages ? Eh bien ! tenez, comte, il se pre'pare une grande expe'dition dans l'inte'rieur de l'Inde.
ME DIANA
Mais, monsieur, je ne de'sire pas le moins du monde voyager.
LE DUC
Ah! poète, vous blasphe'mez. Comment! vous refusez d'aller voir l'Inde, vraiment! l'Inde aux villes fabuleuses, aux fleuves sacre's, aux montagnes énormes et myste'rieuses, berceau du monde!... Vous refusez d'attacher votre nom à la conquête de cet univers perdu et de ses poe'tiques merveilles?
MEDIANA
Si cette tâche est si belle, duc, que ne la prenez-vous?
LE DUC
Oh! à moi, Mediana, elle n'offrirait rien de nouveau. Moi, je me suis baigne' dans le lac de Kachmir ; moi, j'ai visite' Delhy : moi, j'ai chasse' le tigre et Fe'le'phant sur les deux versants de l'Himalaya. C'est justement parce que je sais tout le plaisir que j'ai pris à ces divers exercices que je vous les conseille. Vous le savez, Mediana, la vie est une route où l'on ne revient pas sur ses pas. Je suis vieux, je suis marie', il faut que je reste à la cour ; j'ai ma destine'e à accomplir.
MEDIANA
Et moi aussi, duc. En ve'rite', je ne comprends rien à votre fureur de me conseiller : l'autre jour vous vouliez que je prisse une maîtresse, aujourd'hui vous voulez que je conquière un monde. Vous me conseillez des choses ou trop simples ou trop difficiles.