ACTE QUATRIEME
LE DUC
Madrid ne le croira pas.
Vous dites que rien ne pourra vous faire battre avec moi, duc?
LE DUC
Rien,
ME DIANA, tenant son gant.
Saints du ciel! nous allons le voir!
LE DUC, lui arrêtant le bras et avec une vive émotion.
Ah! jeune homme, assez, assez!... j'ai quelques paroles à vous dire d'abord, ensuite nous nous battrons si vous le voulez.
MEDIANA
Oui, mais promettez-moi que, dans le cas où je ne serais pas satisfait de votre explication, nous nous battrons cette nuit même, afin que demain nul n'ose rire d'un enfant qui sera mort ou venge'.
LE DUC
Je VOUS le promets, (il va fermer les portières du fond.) EcOUteZ-
moi maintenant, comte.
MEDIANA
Je vous e'coute.
LE DUC
Il y a vingt ans... Il y a même un peu plus, c'était sous l'autre règne; six mois après votre naissance, Mediana... j'avais votre âge; j'étais heureux! Non pas parce que j'étais jeune, riche et de bonne maison, mais parce que j'avais un ami.
MEDIANA
Et que m'importent à moi ces souvenirs?
LE DUC
Ne blasphémez point, Medianal cet ami, c'était votre père.
ME DIANA
Mon père!
LE DUC
Oui ; nous avions été élevés ensemble ; nous avions grandi ensemble; nos pères avaient été amis comme nous et ils nous avaient légué ce doux héritage.
MEDIANA
Continuez, monsieur.
LE DUC
Nous fîmes ensemble nos premières armes : c'était en Catalogne; et dès ce moment notre amitié fut resserrée par un lien nouveau : la communauté du danger, la sainte fraternité du champ de bataille. Ah! vous m'écoutez maintenant?
MEDIANA
Monsieur, c est mon devoir!
LE DUC
Votre père s'était fait une brillante réputation militaire, l'avenir s'annonçait pour lui glorieux et magnifique; aussi, quelques mois après notre retour à Madrid, le roi le nomma-t-il gouverneur de la Catalogne.
MEDIANA
Oui, monsieur. Ce fut même en sortant de Madrid pour se rendre à son poste qu'il fut attaqué et assassiné par des bandits. Je sais cela, monsieur, c'est de l'histoire.
LE DUC
Oui, comme la font les historiens. Vous avez été trompé, jeune homme, trompé avec tout le monde et comme tout le monde ; un seul homme sait et peut dire comment est