‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 94 sur 285 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CHRISTIAN

Moi et mon 111s Franz. (f™ih «incline.) Car voire réputation, mon jeune maître, nous garantit de la prospérité de votre fortune.

De ma fortune dont vous faites la vôtre. Je comprends... Voici des billets : c'est la somme que vous m'avez demande'e... C'est le prix de mes travaux depuis trois ans... depuis que nous ne nous sommes vus... prenez, monsieur...

CHRISTIAN, prenant les billet?.

Je conçois vos dédains, maître Johann; sans parler des sentiments qui vous disposent à mal ju^er nos actes, il est naturel que vous ressentiez du mépris pour ces mains inactives quoique fortes encore, qui recueillent ce que les vôtres ont gagné... cela est naturel... Un jour viendra où mieux informé, vous jugerez mieux.

Ou ce jour est venu, messieurs, ou il ne viendra jamais.

CHRISTIAN

Qu'est-ce à dire?

FRANZ, se levant.

Expliquez-vous, maître?

11 me faut aujourd'hui votre secret; sinon vous pourrez arranger votre vie à votre guise, mais vous l'arrangerez sans moi, s'il vous plaît !

CHRISTIAN

Il ne nous plaît pas.

Écoutez, monsieur : depuis sept ans vous savez ce que vous avez fait de ma vie. J'étais inconnu alors... Je vendais v 8

à peine, de loin en loin, quelques tableaux; j'étais pauvre, enfin, et j'avais à lutter contre ces fantômes de l'esprit qui attendent tout homme au début de la vie, tout artiste au début de son art. Ma mère, pauvre femme aveugle et souffrante, faisait mes devoirs plus pesants, mais plus doux aussi. Cette vie n'était pas heureuse, sans doute; mais, grâce à vous, elle m'apparaît maintenant comme une époque fortunée, pour laquelle mon cœur ne peut avoir trop de regrets.

En quoi cette vie est-elle changée?

Vous me le demandez ... Ce fut au milieu de cette heureuse misère que m'arriva l'avis mystérieux par lequel vous me mandiez à cette auberge près d'Inspruck... C'était dans cette nuit du Vendredi-Saint, dont votre vue m'a renouvelé plus d'une fois le sombre anniversaire. Vous me fîtes vous suivre î et je fus témoin du crime... témoin et non complice... vous le savez... car vous aviez eu soin de me cacher vos desseins .. Le meurtre était commis avant que ma pensée eut pu même le soupçonner... et vous savez aussi quel terrible désespoir il vous fallut vaincre pour m'emmener de cette place... plus pâle que votre victime elle-même...

CHRISTIAN

Je le sais... Ensuite ?

Vous aviez, me dites-vous, une raison pour me faire assister à cette vengeance... comme vous l'appelez.

CHRISTIAN

J'avais une raison.

Mais vous avez refusé de me la dire, et, tout innocent que je sois, depuis cette date maudite, le remords est de-

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