‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 95 sur 285 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Yriiu l'hôte inséparable de mes nuits... le compagnon assidu de mes veilles amères, el d'un sommeil qui n'est jamais Le repos, jamais l'Oubli.

CHRISTIAN

Allons, maître, au lieu de vous frapper L'esprit de celle scène regrettable, que n'en faisiez-vous un tableau?... Une croix au fond d'un ravin... un reste de feu sur les marches... un homme qu'on assassine... il y a là un tableau, ou je me trompe fort... Et d'ailleurs, savez-vous même si cet homme est mori ... On revient tous les jours d'un coup d'épée...

]' A LU A , vivement.

Il n'était pas mort?

CHRISTIAN

Peu importe... Tant pis pour lui s'il ne l'était pas... Mais achevez...

Depuis ce temps, monsieur, il semble, à la vie que nous avons menée l'un et l'autre... que vous soyez l'innocent et moi le coupable. Le remords de votre crime est pour moi... la fortune que je gagne par mon travail est pour vous... Jusqu'à pre'sent, je me suis laissé dépouiller avec résignation... Pour être délivré de vous, de vos obsessions, des folles (erreurs où, je l'avoue, votre vue seule me jette, j'ai obéi comme un enfant à vos exigences... niais c'est trop de faiblesse et de patience : vous m'enla seule consolation qui eût pu me rester, celle d'entourer d'honneurs et de richesses l'infirme vieillesse de ma mère... C'est trop, vous dis-je !... Refusez-vous de me confier le secret de ce meurtre ou de cette vengeance ?

CHRISTIAN

Cette vengeance était juste, et, pour qu'elle i'ùt coin-

plète, vous deviez en être le te'moin... C'est tout ce que je puis vous dire maintenant.

C'est tout ?

Rien de plus.

Eh bien, gardez votre secret, je reprends ma liberté... Vous aurez beau m'e'voquer désormais, je ne viendrai

plus.

CHRISTIAN

Soit, nous irons chez vous.

Alors je parlerai et justice sera faite.

CHRISTIAN

Non, vous ne parlerez pas!

PALMA

Je parlerai et justice sera faite !

CHRISTIAN

Non, vous dis-je : la raison qui a lié votre langue jusqu'à présent la liera toujours !

PALMA, avec désespoir.

Oui... toujours, toujours!... et vous le savez trop!... vous savez trop qu'aucune torture ne pourrait me faire rompre ce silence que m'impose un devoir sacré.. Mais, dites... quelque voix accusatrice, à défaut de la mienne, ne peut-elle se lever contre vous du fond de ce passé?

CHRISTIAN

Allez, jeune homme, je sais ce que je fais.

PALMA, baissant la voix.

Et savez-vous où vous êtes, ici? Chez votre hôtesse

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