ACTE PREMIER L
Êtes-vous sur. mon père, qu'ils viendront précisément à cette aubei
CHRISTIAN
C'est la seule de ce pays... Ce retard m'inquiète cependant... Donnez-moi, je vous prie, ce portrait, ce portrait de femme... cette sotte relique que vous avez emportée de Rome... 11 nous servira tout à l'heure, je pense...
FRANZ, lui remettant un petit écrin.
Le voici, monsieur.
CHRISTIAN
Quand je songe, Franz, combien de hasards peuvent l'aire manquer cette rencontre si laborieusement combinée et de laquelle de'pend le succès de mon unique ambition...
d'une pense'e si longtemps, si ardemment poursuivie
tout mon calme, tout mon sang-froid m'abandonnent!...
FRANZ
Je comprends votre émotion, monsieur, à cette heure décisive... Mais je ne saurais vous dire que je la partage; jamais je ne me sentis le cœur plus vide d'espoir ou de crainte qu'en ce moment...
CHRISTIAN
Franz !
Mon père, c'est ainsi.
CHRISTIAN
Oui, le cœur vide de ces sentiments et de tout autre, vous dites vrai !...
Ne me demandez pas plus que je ne puis, monsieur. N'aije pas, à votre premier mot, quitté cette belle vie romaine... à laquelle je commençais à prendre goût... moi
qui n'ai de goût à rien!... N'ai-je pas abandonné cette pauvre Fiorella, dont vous avez présentement le portrait... la plus séduisante danseuse dont les États du pape gardent
la mémoire !
CHRISTIAN
Franz !
FRANZ
Permettez, monsieur, n"ai-je pas quitté tout cela, sans murmurer... pour vous suivre dans votre route dangereuse? N'ai-je pas échangé, sans me plaindre, contre ces sombres montagnes, les collines romaines et leurs couronnes de jardins parfumés?... Je vous ai suivi... Que voulez-vous de plus?
CI) RISTIA.N.
Je n'aime pas à me plaindre, Franz; mais vous me connaissez assez pour ne pas prendre mon silence pour de l'aveuglement. Dans cet abîme où votre père est descendu, sous le poids du soupçon et de la haine publique, pensezvous que tout votre devoir envers lui se réduise à cette insouciante docilité?... Est-ce à vous, dites, d'ajouter votre glaciale ironie aux mépris du monde... à vous qui pouvez lire sur le revers de toutes mes actions le mot qui les justifie... Tandis que je m'efforce de racheter par l'austérité de ma vie ces fautes... ces crimes même, où me pousse un juste ressentiment... vous ne voyez dans ce fatal désordre de mon existence, qu'un prétexte à vous souiller sans vergogne... à épuiser dans la débauche le peu de courage avec quoi vous étiez né... Vous faites si bien, que je ne puis voir en vous un fils, monsieur, je n'y vois qu'un complice !
FRANZ, avec amertume.
Mon père quand on est forcé, comme vous et moi, de
cacher au monde son nom de famille; quand on n'a qu'un nom de baptême à lui donner... le monde se délie et vous