ACTE PREMIER ni
mon peu de fortune... car je n'avais rien, n'est-ce pas? presque rien?
HENRI
Mais je te demande pardon, tu avais une dot très... très honorable.
MARCELLE
Croirais-tu que je n'ai jamais >u au juste de combien elle était, ma dot!... J'étais si enfant... On m'avait donne une éducation si peu pratique, que la question d'affaires, d'intérêts m'échappait complètement. Je trouvais tout naturel qu'un me prit pour mes beaux yeux... avec une fleur sur l'oreille. Voyons, dis-moi, de combien était ma dot?
HENRI
Je ne me rappelle plus... au juste.
Non... dis... je t'en prie!
HE. Mil.
Eh bien... quatre-vingt mille francs.
MA RCELLE.
De rente?
HENRI, riant.
Oh ! non...
MARCELLE, a ver effusion.
Mon pauvre ami!... (Tendrement) Es-tu heureux, au moins?
Si heureux, ma chérie, si heureux, que j'en serais effrayé, si je n'avais, à côté de ce bonheur, ma lar^re part de chagrin et d'inquiétude.
MARCELLE
Ta mère?
HENRI
Mais enfin qu'est-ce quelle a? Que la mort de mon père lui ait déchire' le cœur, qu'elle en reste profonde'ment affligée, personne ne le comprend mieux que moi? Mais il n'est pourtant pas naturel que sa douleur s'aggrave encore avec le temps, qu'elle tourne de plus en plus au désespoir, qu'elle touche par instants à l'égarement... cela est vraiment inexplicable... As-tu remarqué que, depuis la mort de mon père, elle qui était si pieuse n'a pas remis le pied dans une église?
Maieelle fait tristement .-igné ijue oui.
N'est-ce pas étrange? Tu ne saurais croire quelles chimères me traversent quelquefois l'esprit... des imaginations terribles... il me semble que je deviens fou moimême... Alors je te cherche, je te regarde, et j'oublie tout... excepté toi!
MARCELLE, aveu émotion, se penchant et l'embras?ant.
Je t'aime bien!
HENRI
Mon cher amour! (n prête l'oreiiie.) C'est le docteur.