SCENE II
Les Mêmes, LE DOCTEUR GHESNEL, entrant par le fond.
LE DOCTEUR
Bravo ! superbe ! Hercule Farnèse !
CHEVRIAL.
Ah! c'est le grand maître!... Bonjour, docteur.
LE DOCTEUR
Dame! je n'ai trouvé personne dans l'antichambre... Je suis entré... Vous m'excusez?
Comment donc!... Eh bien, vous voyez, docteur, je cultive les muscles !
Ambroise sort.
LE DOCTEUR
Et vous avez raison... sans muscles, pas d'e'quilibre... et comment allez-vous d'ailleurs, Cre'sus?
CHEVRIAL.
Mais je vous le demanderai... Si je vous prie, mon cher maître, de vouloir bien me faire une petite visite matinale deux fois par semaine, ce n'est pas pour vous dire comment je me porte, c'est pour que vous me le disiez.
LE DOCTEUR
Eh bien, Voyons, mettez-VOUS là. (ils s'asseyent, le docteur sur une chaise, Chevrial sur une chaise longue.) Voyons la langue?... (il regarde la langue de Chevrial.) Le pouls? (il tâte le pouls de CheYrial.) Atroce !
CHEVRIAL, inquiet.
Non... se'rieusement, docteur?
LE DOCTEUR
Atroce!... Vous avez un re'gime de'plorable... vous mangez trop, vous buvez trop, vous fumez trop... et caetera, et caetera surtout!
CHEVRIAL.
Mais permettez, cher docteur, si je voulais mener la vie d'un petit saint dans sa niche, je n'aurais pas besoin de me'decin... Si j'ai l'honneur de consulter deux fois par semaine...
LE DOCTEUR, brusque.
Vous l'avez de'jà dit!
CHEVRIAL.
De consulter le docteur Chesnel, le premier médecin de Paris et de l'Ope'ra, c'est pre'cise'ment à cette fin de pouvoir me livrer à mes goûts sans alte'rer ma santé' et sans abre'ger mon existence... Voyons, docteur, dans ce grand mouvement scientifique du siècle, votre science est-elle donc la seule qui reste stationnaire et impuissante, la