ACTE DEUXIÈME
LE DOCTEUR
Oui... mais il y a encore manière de s'y prendre!
CHEYIUAL.
Manière de s'y prendre... Quoi?... Qu'est-ce que vous me reprochez? Ma fortune... Mais ma fortune comme la vôtre, est acquise par le travail... Si je me distrais le soir, je travaille tout le jour... Je suis à la besogne dès l'aurore... naturellement, quand on s'enrichit, on fait des me'contents... Il y a des maladroits... mais enfin voilà vingt ans, que je suis dans les affaires... M'avez-vous jamais vu à Mazas?...
LE DOCTEUR
Pas encore!...
Eh bien, vous ne m'y verrez jamais... Soyez tranquille... Je connais mon Code... non, en re'alite', je n'ai qu'un de'faut, — et encore si le'ger! si e'minemment français! — j'aime les femmes, j'aime beaucoup les femmes... les petites femmes... J'ai même aime' la mienne... c'est fort!... et ce qu'il y a de plus drôle, c'^st que plus je vais, plus je les aime!
LE DOCTEUR
Ce n'est pas drôle, c'est dangereux!
CHEVRIAL.
Et, après tout, voyons, vous qui prêchez si bien, est-ce qu'on ne vous connaît pas? D'abord, mon cher docteur, et je vous en fais mes compliments, vous êtes une très belle fourchette... Et puis pourquoi vous êtes-vous fait nommer me'decin de l'Ope'ra? Pour flirter dans les coulisses avec ces demoiselles! avec ces demoiselles!
LE DOCTEUR
Sans doute... Moi aussi, j'aime les femmes... c'est-à-dire j'aime la socie'té des femmes — l'odor cli femina — comme
iv. 11.
j'aime la musique, la peinture, toutes les jolies choses... Mais il y a une nuance entre nous, mon cher baron. Moi, je suis un dilettante... Vous, vous êtes un vicieux!...
CHEVRIAL, lui saisissant la main.
Merci!