ACTE DEUXIEME
CHEVRIAL, à part.
Je disais bien... c'est un emprunt! (Haut.) Ah! ah! voyons cela!
HENRI s'assied sur la chaise à ilroite du bureau.
Cette affaire intéresse personnellement madame la baronne Ghevrial.
CHEVRIAL.
Ma femme"? [Après un premier mouvement de surprise, il continue de procéda à sa toilette, et répond froidement.) Parlez!
HENRI
Mais il m'a paru convenable... nécessaire même de vous la communiquer d'abord. Monsieur le baron, des circonstances singulières m'ont rendu dépositaire d'une somme considérable qui était destinée à mademoiselle d'Ambleuse, aujourd'hui votre femme, et que je suis chargé de remettre entre vos mains.
CHEVRIAL.
Mais d'où provient cette somme?
HENRI
D'une succession.
Quelle succession?
HENRI
Monsieur le baron, je reconnais être débiteur envers madame Ghevrial du montant de cette succession; je suis prêt à le lui rendre; il me semble que cela suffit, et si vous le trouviez bon, je préférerais n'entrer dans aucune explication sur l'origine de ce dépôt.
CHEVRIAL.
Vous comprenez, mon cher, que c'est impossible. Je ne puis accepter pour ma femme une donation dont j'ignore la provenance.
HENRI, avec une contrainte pénible.
Je vous obéis... C'est le comte de Fervières, ami de mon père, qui lui avait laisse' cette fortune en le chargeant de la remettre à mademoiselle d'Ambleuse... dans un de'lai détermine'...
CHEVRIAL.
Dans un délai déterminé? C'est-à-dire quand le père
d'Ambleuse Serait mort, hein? (Henri répond d'un léger signe de
tète.) Oui... et à combien se monte la succession?
HENRI
Deux millions sept cent mille francs.
CHEVRIAL, froidement.
Ah! (il fait tranquillement le nœud de sa cravate et reprend.) Et VOUS
m'apportez ce galion dans ce petit portefeuille-là?
Permettez, monsieur... Il me reste un aveu pénible à vous faire.
CHEVRIAL.
Ah!
HENRI, avec une contrainte croissante-
Vous pouvez vous rappeler qu'à l'époque où M. d'Ambleuse mourut, mon père fut frappé lui-même de paralysie... il perdit l'usage de sa pensée... il oublia... (Henri
profondément troublé se tait pendant quelques secondes. Froid silence de la part de
chevriai.) Quant à moi, par suite d'incidents dont je n'ai pas à rendre compte, je n'ai connu que tout récemment, hier même, ma dette envers vous... Jusqu'ici, j'avais cru que cette fortune m'appartenait... et, sans en avoir conscience, j'en usais comme la mienne.
CHEVRIAL.
Allez !