H EMU
Mais, ma mère, que me dites-vous là?... J'ai pour elle, au contraire, une admiration, une amitié passionnées !... El cela, depuis longtemps...
MADAME DE TARGY.
Ah!
HENRI
Car je ne vous ai pas tout dit, ma pauvre mère!... Quand je vous laissais croire que j'e'tais heureux, bien traité dans L'emploi que notre ruine soudaine m'avait forcé d'accepter chez le baron Chevrial, je vous trompais !... Jamais esclavage ne fut plus dur, plus amer que celui qui m'était im- !... Cet homm • n'est plus... 11 a uni d'une façon presque tragique... je devrais oublier... je devrais pardonner...
mais j'ai de la peine !... En deux mots, ma mère, ce que j'ai en à souffrir d'humiliations sous sa main si tyrannique, si brutal»', jamais je n'aurais pu m'y résigner ! Non ! malgré l'horrible nécessité qui pesait sur nous... malgré notre
pain qui était en jeu, je lui aurais rejeté' cent fois son bienfait c\ la face, si je n'avais été soutenu par la sympathie, par l'affectueuse pitié... de cet ange qui souffrait comme moi !... Et vous dites que je ne l'aime pas?
MADAME DE TARGY.
Alors, pourquoi ces façons si glaciales avec elle ? — Pourquoi la fuir? — Pourquoi ne pas lui laisser soupçonner les sentiments de reconnaissance que tu lui gardes?... Elle en serait heureuse peut-être?...
HENRI
Pourquoi, ma mère? — Vous le devinez, — parce que j'ai peur d'être mal compris!... parce qu'elle est riche et que je suis pauvre!... parce qu'en lui laissant trop voir les sentiments que je lui ai voués, je pourrais être suspect à ses yeux de quelque arrière-pense'e inte'resse'e... de quelque vil calcul... et devant elle, si pure, si noble... j'en mourrais de honte !
MADAME DE TARGY.
Bien !... bien !... En voilà assez !... Tais-toi, je l'entends !